Accueil VU SUR LE WEB Philippe Gomès, artisan d’une identité calédonienne à construire – Libération

Philippe Gomès, artisan d’une identité calédonienne à construire – Libération

(1er novembre 2018) Partisan du dialogue avec les Kanaks, le leader du camp loyaliste cherche d’abord à apaiser les tensions.

En Calédonie, on parle de poteau central de la case pour désigner le chef. Récurrente dans les palabres coutumiers et les discours politiques, l’image sied à Philippe Gomès, pilier de Calédonie ensemble (CE). La formation loyaliste qu’il a fondée en 2008 contrôle la province Sud et le gouvernement de l’archipel. Et l’homme et le parti souvent se confondent. «Je gagne toutes les élections depuis dix ans», lâche le porte-voix du territoire à l’Assemblée nationale sous l’étiquette UDI.

La baraka colle en fait depuis 1989 au sexagénaire natif d’Alger, débarqué à Nouméa à 15 ans. Cette année-là, il est élu maire de La Foa. Une commune de brousse qu’il a contribué à moderniser. «Ici, c’était le désert. C’est grâce à lui qu’on a des trottoirs, il a créé le festival de cinéma. Surtout, Philippe a mis du lien entre les gens. Avant lui, on montait pas comme ça à la tribu de Koindé, farouchement indépendantiste. Une des premières choses qu’il a faites, c’est de rouvrir l’école là-haut. Aujourd’hui, on est accueilli avec le sourire et on ne voit plus le drapeau kanak», raconte Serge Guillermet, premier adjoint de La Foa et compagnon de route de Gomès.

Laisser se dissoudre la revendication indépendantiste dans la «prise en compte de l’identité kanake» et la justice sociale serait, en gros, la stratégie de Calédonie ensemble. A l’origine de mesures comme les allocations familiales de solidarité, en 2011, ou la matière «langues et culture kanake» obligatoire depuis cette année au lycée, cette approche progressiste vaut à Gomès d’être pointé par l’indépendantiste Louis Mapou comme «l’adversaire politique le plus dangereux».

«Casque à pointe»

Certain que le non à l’indépendance sera vainqueur dimanche comme le prévoient tous les sondages, le chef de CE insiste pour que la victoire advienne dans «le respect des convictions de chacun» et «le dialogue». Pas un vain mot, puisqu’il a animé, depuis avril, 130 réunions à travers le territoire. Dont bon nombre en fief indépendantiste. «On est dans une campagne où le non est acquis et il nous fait faire sept mois de campagne intense, des clips, des réunions partout. Son niveau d’exigence peut être épuisant pour les autres», confie Philippe Michel, «ami de quarante-cinq ans» et président de la province Sud. Pour Philippe Gomès, l’enjeu est le maintien de la paix. «On est pour le non, mais pas un non casque à pointe, un non intelligent. Ne transformons pas la frustration en humiliation. La première révolte kanake date de 1856, ensuite il y a eu 1878, 1917, et puis les « événements », et puis Ouvéa. On est dans une parenthèse de trente ans de paix, elle n’est pas ouverte à jamais. Il faut être en responsabilité face à ce vote pas comme les autres», avertit le leader.

Pour désamorcer le clivage entre identité kanake et appartenance française, Calédonie ensemble valorise la notion d’«identité calédonienne». Fidèle, de fait, à l’histoire et aux réalités du territoire, composite et métissé. L’élément de langage, signature du parti, passe mal auprès de la droite loyaliste. «La République ne reconnaît pas d’autre peuple en son sein que le peuple français», s’indignait fin 2017 le sénateur Pierre Frogier, chef de file de l’annexe locale de LR, après un discours d’Edouard Philippe qui empruntait le terme de «peuple calédonien». De son côté, Philippe Gomès se dit «scandalisé» par les récentes déclarations de Pierre Frogier, qui entend déposer aussitôt après le 4 novembre un projet de loi annulant les deux autres référendums prévus par l’accord de Nouméa. «Ce serait créer les conditions pour que les indépendantistes ne respectent plus l’accord. Ce n’est pas parce que le non va l’emporter que le droit à l’autodétermination doit disparaître», plaide-t-il. Et d’invoquer le Québec, dont «les habitants pourraient réclamer leur indépendance mais se considèrent suffisamment autonomes au sein du Canada.»

«Il a une âme»

Si le progressisme gomèsien ulcère les loyalistes de la vieille école, très conservateurs, l’homme suscite visiblement une adhésion populaire. Début octobre, plus de mille personnes l’ont l’applaudi sous le cagnard, lors de l’anniversaire de Calédonie ensemble. «On l’aime, parce qu’il est solide. Il a une âme. C’est quelqu’un en qui on peut avoir confiance. On sait qu’il défend la Calédonie à l’Assemblée nationale», loue une sympathisante. Député depuis 2012, Gomès revendique à son actif le renforcement des moyens de sécurité, la prolongation de la défiscalisation nationale jusqu’en 2025 ou l’amélioration des droits des locataires. A la veille du référendum, il se flatte surtout d’un rapport sain au territoire et à son vécu mouvementé. Et d’assurer : «En Calédonie, l’intégration de l’histoire est essentielle au dialogue et au maintien de la paix. Une part des non-indépendantistes ne le comprennent pas. Nous, on a fait ce travail.»

SOURCE : Libération

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