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POUR QUE L’ECOLE REDEVIENNE LE CREUSET DE LA NATION

Au nom du groupe UDI, le jeudi 8 novembre 2012, Philippe Gomès a présenté sa vision pour l’Ecole de la République dans le cadre de la discussion générale sur le projet de loi de finance 2013. Il a décliné les raisons pour lesquelles le groupe UDI ne votera pas le projet de budget présenté par le ministre de l’éducation nationale.

Vous trouverez ci-joint le compte-rendu de l’intervention du député de la seconde circonscription:

M. Philippe Gomes. Madame la présidente, madame, messieurs les ministres, chers collègues, nous traitons aujourd’hui de l’un des deux chiffres magiques de la campagne électorale : les 75 % de taxation des hauts revenus qui devaient satisfaire les attentes du peuple en matière de justice sociale, et les 60 000 postes pour l’éducation nationale qui doivent nous permettre de refonder l’école.

L’école est un peu la colonne vertébrale de la République, porteuse de la belle mission d’émancipation individuelle et collective. C’est le grand paquebot de la nation : plus de 12 millions d’élèves et d’apprentis scolarisés, 850 000 personnels, 64 milliards d’euros de budget. Incontestablement, ce projet de budget, en prévoyant 50 000 recrutements pour l’année à venir, renforce l’équipage, mais suffit-il d’un équipage plus étoffé pour définir un cap et l’atteindre plus vite ? Dans le cas d’espèce, je n’en suis pas certain.

Je me permets de préciser une chose : nous avions, l’année dernière encore, 34 000 enseignants de plus qu’en 1989 et 540 000 élèves en moins. Les performances de notre système scolaire ont-elles pour autant été améliorées pendant cette période ? De l’avis général, y compris vu de l’étranger, il semble bien que non. Vous savez, monsieur le ministre, que je suis issu d’un territoire, la Nouvelle-Calédonie, où, aujourd’hui encore, seulement 50 % d’une classe d’âge parviennent au baccalauréat.

Pendant des décennies, les inégalités scolaires n’ont cessé de s’aggraver. La liste est longue : inégalités sociales, territoriales, de genre, d’offre scolaire, de financement, de conditions d’enseignement. L’école de la République, au bout du compte, est un échec, elle ne fait que dupliquer les déterminismes sociaux, et on le doit, contrairement à ce qu’ont dit l’ensemble des orateurs, à notre échec collectif, droite et gauche confondues.

Monsieur le ministre, dans votre budget, la partie la plus visible, c’est la partie quantitative, même s’il ne faut pas nier l’existence de propositions qualitatives. Seront-elles suffisantes pour refonder l’école ? Rien que prononcer une telle expression, « refonder l’école », donne des frissons dans le dos, mais c’est une belle et noble ambition… Quelles innovations pédagogiques souhaitez-vous engager dans les prochains mois ? Par exemple, quelles expérimentations pour repérer les jeunes en difficulté ? Allez-vous évaluer les dispositifs qui mériteraient de l’être, tels que les programmes de réussite éducative, le soutien à la parentalité, l’accompagnement de la scolarité des enfants handicapés ou encore la conduite d’éducation artistique ? Quels choix pour l’enseignement des matières scientifiques ? Quelles nouvelles méthodes pédagogiques à l’heure d’internet ? Quel équilibre entre enseignement public et privé alors que tous les programmes de cette mission augmentent sauf celui de l’enseignement privé du premier et du second degré, qui stagne ?

Monsieur le ministre, le sens et l’ambition qui s’imposent aujourd’hui pour l’éducation nationale doivent viser, c’est votre projet, à la reconstruction d’un système scolaire performant et ouvert à l’ère de la mondialisation. C’est pourquoi je me permettrai dans le débat qui commence et qui durera probablement tout le quinquennat, d’émettre quelques idées simples autour desquelles le projet structurant dont nous avons besoin pourrait aussi être bâti.

Tout d’abord, il faudrait encourager les professeurs à repenser les démarches pédagogiques qui sont au cœur de la réussite scolaire, pour que l’école ne soit pas à la traîne dans le domaine de l’appétence des élèves pour les apprentissages ; mieux enseigner en intégrant davantage les nouveaux outils numériques, mieux former en évitant le cloisonnement excessif des disciplines et en appréhendant les savoirs de manière plus vivante et plus interactive. Il s’agit donc d’autoriser les maîtres à innover, à créer et à imaginer et non pas seulement à reproduire, de libérer et d’accompagner ces innovations, sources de renouveau pédagogique. Sans cela, l’école ne parviendra plus à intéresser les élèves, ce qui est grave !

Repenser la formation initiale des professeurs, c’est bien mais c’est loin d’être suffisant ! Il faut une autre ambition, plus de cohérence, repenser l’articulation entre formation initiale et continue des professeurs afin que cette exigence devienne le véritable levier d’une meilleure réussite pour tous les élèves.

Et puis aussi repenser l’autonomie de nos écoles, collèges et lycées, ainsi replacés au cœur des territoires en permettant une plus grande liberté d’action pour nos directeurs d’école et chefs d’établissement.

Enfin, il faut repenser la question du parcours des élèves en faisant évoluer, comme vous semblez souhaiter le faire, le précieux socle de connaissances et de compétences instauré par vos prédécesseurs.

Monsieur le ministre, il est vrai que l’école ne peut pas être une tour d’ivoire. Cela signifie que l’école de Jules Ferry du fameux tableau noir et du manuel scolaire n’est plus : aujourd’hui, c’est le tableau interactif d’une part, et la tablette numérique d’autre part, celle-ci pouvant elle-même contenir des manuels numériques. Il est alors possible de concevoir un renouveau des usages pédagogiques et des méthodes d’analyse mêlant le meilleur de la tradition et le meilleur de la modernité.

Voilà, monsieur le ministre, ce que nous aurions souhaité lire dans ce projet de budget. Il est pléthorique et pourtant il manque de force. L’école de la République a été le creuset de la nation. Elle doit le redevenir. C’est la raison pour laquelle le groupe UDI ne le votera pas.

Mme la présidente. La discussion sur cette mission est close. La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.

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