Accueil FOCUS MÉDIA Didier Julienne : « Rien n’empêche Maï de vendre ses titres miniers aux chinois »

Didier Julienne : « Rien n’empêche Maï de vendre ses titres miniers aux chinois »

Didier Julienne

Le nickel, une nouvelle perle au collier de Pékin ? La “joint-venture” implique le métallurgiste chinois JIN PEI dont on peut se demander s’il n’agit pas de concert avec le gouvernement de Pékin. Ce montage prévoit une usine de transformation de minerai, un port en eau profonde, une puissante centrale électrique, des logements pour quelques centaines d’ouvriers qui viendraient de Chine et s’installeraient au Vanuatu.

Le Vanuatu a-t-il le choix ?

Premier couac, le gouvernement du Vanuatu n’a pas été informé du projet industriel et minier annoncé le 18 septembre à Nouméa. Pour le moment, il s’y oppose fermement. Mais la Chine est déjà très présente au Vanuatu, son poids dans l’économie locale permet d’envisager une évolution de la position du gouvernement de Port Vila. Didier Julienne (photo à gauche), expert du secteur et concepteur de la doctrine nickel calédonienne répond à nos questions.

Journaliste : Du minerai calédonien contre une usine chinoise au Vanuatu. Quelle est la part d’ombre ?
Didier Julienne : «
J’ai déjà rencontré Wilfried MAI qui est Calédonien et propriétaire d’une société minière au périmètre familial éloigné des vicissitudes et autres pièges du commerce international. Le groupe MKM est dans la situation avantageuse du détenteur de titres miniers au moment où le premier consommateur mondial, la Chine, voit son fournisseur, l’Indonésie, fermer ses portes. Pragmatique, l’entreprise calédonienne considère que c’est le moment de valoriser du minerai pauvre. C’est une bonne chose, et elle trouve en face d’elle un pays, la Chine, ou tout est centralisé, mais qui doit assurer la sécurité de son approvisionnement en nickel. Les moyens financiers y sont énormes et dans ce contexte très tendu, toutes les opérations, même les plus décalées, comme démonter une vieille usine chinoise et son usine électrique et remonter ces pièces détachées dans un paradis touristique tel que Santo au Vanuatu, sont envisageables.  »

Journaliste : Nickel calédonien et usine au Vanuatu, la Chine développe son emprise régionale ?
Didier Julienne : « Il est vrai que le Vanuatu est désormais une perle du “collier chinois” dans le Pacifique. Il reçoit déjà de multiples investissements dans une économie dont on peut se demander à quel point elle est dépendante de Pékin.  »

On démonte une usine en Chine, une usine sans doute très polluante, et on va la remonter au Vanuatu. On déplace un site industriel comme on bouge un pion ?
Didier Julienne : « Outre les aspects techniques et environnementaux, ce démontage remontage d’une usine qui n’aurait pas été soumis aux autorités locales du Vanuatu questionne.  »

Journaliste : Pourquoi démonter, transporter, puis remonter une vieille usine métallurgique à Santo au Vanuatu, sur une île à l’écosystème fragile, alors que les centres de consommation du nickel sont en Chine ?
Didier Julienne : « Sa première justification était l’optimisation fiscale, mais sans autorisation locale, nous franchissons rapidement et inconsciemment, la frontière de l’évasion fiscale. Sa seconde justification, le coût, révèle l’écart de niveau de vie entre la Nouvelle-Calédonie et sa voisine. Mais au regard de la doctrine nickel ces remarques sont peu importantes. Le danger de cette proposition est en effet qu’elle échappe à ses promoteurs dans sa partie la plus essentielle, c’est-à-dire celle des titres miniers. Rien n’empêche le détenteur des titres, du capital minier, de les vendre : 49 % seront déjà cédés à JIN PEI, c’est-à-dire à la Chine pour 500 millions de dollars » (la contre-valeur de la moitié de l’usine).

Journaliste : Pourquoi ne pas envisager de vendre quelques pourcentages de plus ?
Didier Julienne : « En dehors de l’accord initial, la vente de quelques pourcentages supplémentaires permettraient au partenaire chinois de devenir majoritaire d’un domaine minier calédonien pour le rentabiliser off-shore. Cela peut être tentant, car cette majorité est un sésame qui peut se valoriser à des sommes bien supérieures à celles des accords initiaux. Nous ne sommes plus dans les mêmes règles ni les mêmes fortunes.  »

Journaliste : On courtise un partenaire puis on le domine et on l’absorbe ?
Didier Julienne : « Le danger de voir disparaître des actifs stratégiques du patrimoine commun calédonien est particulièrement réel. Sous d’autres latitudes, quelques exemples de disparitions de capitaux industriels au profit de mains étrangères sont parfaitement connus : Pechiney, Metaleurop, Arcelor, CLAL, Alstom… Les conséquences sont socialement ravageuses. Des mines calédoniennes peuvent désormais passer sous pavillon étranger. Le risque de voir une société chinoise majoritaire en Nouvelle-Calédonie est donc une réalité qu’il faut accepter… ou refuser. L’usine du Vanuatu n’est qu’un paravent, ce n’est pas l’essentiel.  » ( Outre-mer 1ère – 26 septembre 2014 )

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