Accueil VU SUR LE WEB « Faire aussi bien, sinon mieux, en dépensant moins »

« Faire aussi bien, sinon mieux, en dépensant moins »

PMichel

( 15 mars 2016 ) PHILIPPE MICHEL. Chemise ouverte et barbe de trois jours, il a l’aspect de monsieur Tout-le-Monde et le revendique. « Je ne cours pas après la surexposition médiatique », prévient-il. Mais vouloir ressembler à tout le monde ne dispense pas d’être quelqu’un. Comme annoncé, Philippe Michel connaît ses dossiers et assume ses engagements. Il déroule ses arguments avec bonhomie et précision et emmène ses interlocuteurs à une conclusion où le bon sens le dispute à l’évidence. Il cherche l’approbation dans le regard de l’interlocuteur à la fin de ses phrases, qu’il ponctue souvent d’un franc éclat de rire. Il n’y a ni fracas, ni révélation dans l’entretien qu’il nous a accordé. Mais la petite musique impeccable de celui qui préside à l’institution la plus puissante du territoire mérite assurément qu’on l’écoute.

Mine

« L’ATTRIBUTION DE PRONY-PERNOD ÉTAIT CONTRAIRE AU CODE MINIER »

Où en est la commission d’enquête sur Prony-Pernod ?
Il n’y a désormais aucun doute sur le fait que l’attribution de ces gisements était contraire aux dispositions du code minier. Le tribunal administratif l’a confirmé. Il ne fait aucun doute, non plus, que les élus de l’époque n’ont pas bénéficié du minimum d’information requis dans cette affaire. L’existence de documents « confidentiels » l’atteste. La commission d’enquête se réunira le 31 mars prochain sur ce sujet, puis l’assemblée de province en délibérera.

Y aura-t-il une suite judiciaire ?
C’est à l’assemblée d’en délibérer. Ce qui est sûr, c’est que j’ai annulé cette attribution, et que personne ne l’a contesté : ni les partis politiques qui l’avaient décidée, ni les industriels qui en bénéficiaient. Les gisements de Prony et Pernod sont donc réintégrés dans la réserve technique provinciale.

Vous êtes actif dans la recherche de solutions pour la centrale de la SLN…
Cette centrale devrait être construite depuis dix ans. Elle est indispensable à la survie de la SLN et il est impératif de la remplacer pour des raisons environnementales et sanitaires évidentes. Puisqu’Eramet n’est pas en situation de la réaliser, nous demandons le concours de l’Etat pour son financement. Suite à l’intervention de Philippe Gomès et de Pierre Frogier, confirmée par le dernier Comité des Signataires, l’État travaille sur ce sujet et nous attendons des annonces fortes à l’occasion de la prochaine venue du Premier ministre.

Craignez-vous un retrait de Vale ?
Vale NC c’est 42 milliards de salaires et de sous-traitance chaque année. Une fermeture possible de l’usine, ou une réduction drastique de la sous-traitance déjà annoncée, auront obligatoirement des conséquences considérables sur notre économie.
Il faut donc anticiper ces difficultés. C’est ce à quoi la province Sud travaille d’ores et déjà, en réfléchissant à un plan de reconversion et de formation, comme nous l’avions fait lors de la fin du chantier de construction.

Que fait la province dans le différend entre MKM et Aqualagon ?
Nous sommes en discussion étroite avec les protagonistes de ce dossier pour trouver une solution qui respecte à la fois les dispositions de la réglementation minière et les intérêts de chaque partie.

Province

« NOUS RÉCOLTONS LES FRUITS DE NOS ACTIONS SUR LE TOURISME »

Où en sont les difficultés financières de la province ?
La situation est très difficile. Tous les bénéfices tirés par l’affectation de la taxe sur les jeux ont été anéantis par la réduction de la dotation de la Nouvelle-Calédonie du fait de la mauvaise conjoncture économique. Nous nous retrouvons donc en situation de déséquilibre budgétaire structurel

Cela augure-t-il d’un budget supplémentaire restreint en cours d’année ?
Du fait de la conjoncture, nous n’attendons aucun complément de financement de la Calédonie. Mais notre gestion 2015 devrait produire un excédent qui nous permettra de financer notre budget supplémentaire (BS). Cela dit, je suis beaucoup plus inquiet pour le budget 2017…

Reviendrez-vous à la charge sur la clé de répartition budgétaire entre les trois provinces ?
Non. Ce débat-là ne pourra se rouvrir que dans le cadre des discussions concernant l’avenir institutionnel et l’après-accord de Nouméa. D’autant que la situation financière des deux provinces indépendantistes devient également critique.

Comment parviendrez-vous à maintenir à flot la collectivité ?
En deux ans, nous n’avons créé aucun poste budgétaire et nous contrôlons l’évolution de nos dépenses. Un exercice à réaliser sans dégrader la qualité du service rendu. Nous avons redéployé ou optimisé les moyens disponibles et réformé plusieurs dispositifs comme la construction de logements sociaux, les subventions d’accession à la propriété ou l’aide médicale. L’objectif est d’être capable de faire aussi bien, sinon mieux, en dépensant moins. Mais naturellement, l’exercice a ses limites.

Car l’horizon ne semble pas devoir s’éclaircir ?
Oui et non. Les chiffres du tourisme sont bons et les statistiques de la consommation des ménages ou l’investissement des entreprises plutôt bien orientés. En réalité, tout va dépendre de la durée et de la gravité de la crise du nickel.

Quels sont vos leviers pour soutenir l’économie ?
Nous concentrons nos efforts sur trois secteurs. Le logement, où notre objectif est de doubler la production actuelle. C’est une exigence sociale, avec 7 000 familles en attente d’un logement, et économique pour le secteur du BTP qui dépend largement de la commande publique. Le tourisme, où nous avons mis 15 milliards dans le projet de Gouaro Déva et financé l’agrandissement ou la rénovation des Méridien de Nouméa et de l’île des Pins. Cette politique porte ses fruits, nous avons enregistré près de 115 000 touristes en 2015. Enfin, en matière agricole, nous ne produisons que 15 % de ce que nous consommons, ce qui justifie la mise en œuvre de politiques publiques beaucoup plus ambitieuses pour le pays.

Au sein de la province, vous avez défini des communes comme étant prioritaires. Sur quels critères ?
Economiques et sociaux. Yaté qui dépend économiquement de l’usine du Sud et en subit les impacts environnementaux, nécessite une attention particulière. Même chose pour Thio à l’environnement dégradé ou le Mont-Dore, avec les difficultés rencontrées à Saint-Louis. Des communes ont aussi des retards dans leurs infrastructures de base.

Quelles sont les actions de la province en matière de lutte contre l’insécurité ?
Malgré nos difficultés budgétaires, nous avons maintenu tous nos dispositifs d’accompagnement de la jeunesse, de lutte contre le décrochage scolaire et les subventions aux communes pour leur permettre de lutter contre les problèmes d’insécurité. Nous avons réactivé le Copil de Saint-Louis et mobilisé des financements conjoints avec la SLN en faveur de la jeunesse de Thio. Un dispositif d’accueil des jeunes délinquants condamnés à des travaux d’intérêt général a été créé. En accord avec le haut-commissaire, je réactiverai prochainement le comité local de sécurité et de prévention de la délinquance provincial. Et j’interpellerai le Premier ministre lors de sa visite sur le renforcement des moyens alloués aux forces de l’ordre, à la justice et à l’administration pénitentiaire.

Politique

« MÊME SI ON ENTEND DES GRINCEMENTS DE DENTS, IL FAUT POURSUIVRE DANS CETTE VOIE »

Le rapprochement entre Calédonie ensemble et Les Républicains est-il susceptible de durer cette fois ?
C’est absolument indispensable. Comment pourrions-nous prétendre réussir la sortie de l’accord de Nouméa si Calédonie ensemble et les Républicains, l’Union calédonienne et le Palika, ne sont pas capables de s’entendre, ni d’un camp à l’autre, ni à l’intérieur de chaque camp ? Les deux derniers Comités des signataires ont démontré qu’on pouvait s’accorder sur des sujets aussi difficiles que le litige électoral, la crise du nickel ou les discussions sur l’avenir institutionnel. Alors, même si on entend des grincements de dents de-ci de-là, je suis convaincu qu’il faut poursuivre dans cette voie.

On ne voit pas de cohésion se profiler chez les indépendantistes. Ça vous inquiète ?
Bien sûr. Mais l’enjeu est le même dans chaque camp : être capable de transcender les ambitions individuelles pour s’entendre sur les questions d’intérêt général qui conditionnent l’avenir de tous les calédoniens.

Source : LNC

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