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Insécurité : La première matrice de la délinquance c’est le décrochage scolaire

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( 13 mars 2016 ) Journaliste : Philippe Gomès, d’abord, l’insécurité qui dérange beaucoup les Calédoniens. Votre avis :

Philippe Gomès : C’est une véritable gangrène pour le vivre ensemble calédonien. Pourquoi ? Parce que ça nourrit l’exaspération des citoyens, ça nourrit parfois le racisme, ça nourrit parfois des réactions qui sont susceptibles de fragiliser encore davantage notre société.

Journaliste : Tous responsables, Philippe Gomès ?

Philippe Gomès : D’abord, chaque citoyen est responsable, là où il est. On ne peut pas tout attendre des institutions et il faut aussi que, dans chaque famille, on prenne en charge un minimum de choses de façon à faire en sorte que l’éducation des enfants soit à la hauteur de ce qu’on estime devoir être dans la vie en société. Aujourd’hui, dans la délinquance de proximité, la majorité de cette délinquance est le fait de mineurs, perte de repères totale, perte de repères familiaux, perte de repères coutumiers, perte de repères moraux.

Journaliste : Dans certaines villes en métropole, on parle de couvre feu pour les mineurs. Faut il en arriver à cela, ici ?

Philippe Gomès : Je crois que tout ça n’est pas très sérieux. S’il suffisait de mettre un couvre feu pour rétablir la situation en métropole, nous serions sous un couvre feu permanent à l’échelle de l’hexagone et des TOM. Non, ce qu’il faut faire, c’est un initier de manière puissante des politiques de prévention, et pas chaque collectivité dans son coin. C’est le cas aujourd’hui : la province sur son territoire, la commune sur le sien, la Nouvelle-Calédonie sur le sien également. Il faut que toutes les collectivités travaillent ensemble parce que la délinquance, elle n’a pas de frontières, elle ne connaît pas la frontière des communes ou des provinces. Politique de prévention, en matière familiale, aider les parents, accompagner les familles qui, elles-mêmes, sont en perdition, il nous faut également investir dans le projet éducatif. La première matrice de cette délinquance, c’est le décrochage scolaire, des gosses qui, à 13, 14, 15ans, sortent de l’école et puis traînent partout, dans la tribu, dans la rue, dans la commune, et puis enfin, il est indispensable, dans un même temps, le volet de prévention est nécessaire à long terme, mais à court terme, il faut renforcer les moyens de la répression. Et je tiens, ce soir, à dire à l’ensemble des autorités qui s’occupent de la sécurité dans notre pays, qu’il s’agisse des forces de police et de gendarmerie, des surveillants de l’administration pénitentiaire, les services de la justice, que nous leur devons beaucoup et que nous les remercions pour le travail qu’ils effectuent, dans des conditions extrêmement difficiles, et pas toujours avec les moyens nécessaires pour assumer la mission qui est la leur.

Journaliste : Vous ne dites pas, comme certains, que c’est la faute à la colonisation ?

Philippe Gomès : La colonisation est parfois le bouc émissaire facile. Il y a certes des désordres qui sont issus de cette colonisation, mais aujourd’hui, si c’est pour se décharger de toute responsabilité à l’égard d’une part de la déshérence de la jeunesse, je crois que l’argument n’est pas valable. Chaque citoyen doit, aujourd’hui se prendre en main et les institutions doivent accompagner les citoyens.

Journaliste : Est-ce qu’il y a trop d’armes qui circulent ?

Philippe Gomès : Non, la question n’est pas celle du nombre d’armes. La question est celle de l’individu qu détient les armes. C’est pas parce qu’on détient des armes, qu’on devient dangereux et que si on n’en détient aucune, on ne l’est pas. Ce à quoi, on assiste, dans un certain nombre de communes, à Canala, à Thio, sur la côte Est et ailleurs, ou à St Louis de jeunes qui tirent sur des véhicules de police ou de gendarmerie ou de pompiers, maintenant une autre étape a été franchie. Vous,croyez qu’ils les détiennent légalement ? Ces armes sont, dans la majeure partie des cas, volées. Donc, là aussi, c’est un mauvais débat, il y a une tradition d’armes,en Nouvelle-Calédonie qui est liée à notre histoire, mais les armes qui, aujourd’hui, polluent notre vie, qui parfois fauchent des vies sont des armes qui, dans la majeure partie des cas, sont détenues illégalement.

Source : NC 1ère

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