Accueil VIDÉOS Décès de Michel Rocard, STCPI, discussions sur l’avenir : Le député Philippe Gomès invité du JT

Décès de Michel Rocard, STCPI, discussions sur l’avenir : Le député Philippe Gomès invité du JT

Avenir institutionnel

( 3 juillet 2016 ) Journaliste : Votre réaction à la mort de Michel Rocard.
Philippe Gomès : C’est un homme d’exception qui est parti. La Nouvelle-Calédonie a eu la chance de le trouver sur sa route, probablement à un moment de son histoire la plus difficile, la plus cruelle, la plus dramatique puisque c’était au lendemain du drame d’Ouvéa. Il a su retisser le fil du dialogue entre les Calédoniens.
Je crois d’abord qu’il n’avait pas d’esprit de dogme. On le voit, il avait créé une mission du dialogue, dans laquelle se trouvaient des hauts fonctionnaires, des représentants des églises, des représentants de la Franc-maçonnerie, venue plusieurs semaines en Nouvelle-Calédonie pour parler avec les uns et les autres. C’est cette absence d’esprit de dogme qui aura été très utile pour notre pays.
Michel Rocard avait aussi ce que l’on appelle, le « parler vrai », je suis d’ailleurs étonné de ne pas retrouver cette formule dans les différents hommages qui lui sont rendus. Ce « parler vrai » s’était exprimé lorsqu’il a déclaré aux indépendantistes, à Matignon : « je ne suis pas favorable à l’indépendance, parce que ça n’a pas de sens dans le monde d’aujourd’hui ». Il l’a d’ailleurs redit il n’y a pas longtemps dans une interview, en déclarant que « l’indépendance est une bizarrerie ». Pour autant, il déclarait : « si le peuple décide, je ne m’y opposerai pas ». C’est ce « parler vrai » rocardien qui a fait toute la différence.
Et puis enfin, il y a eu la rencontre avec les acteurs locaux Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, qui a permis d’ouvrir le champ de la paix, du progrès, de la tolérance et du dialogue. On lui doit beaucoup, nous avons une dette imprescriptible à son égard.

Journaliste : Philippe Gomès, on va commencer par le nickel. Votre actu récente, c’est l’affaire de la STCPI. Quelle est votre analyse du refus des indépendantistes ? Je rappelle que ces derniers ont refusé la cession d’une action à l’État pour aider à obtenir un prêt pour sauver la SLN. Vous avez pris ça comme un coup de poignard, comme quelque chose à quoi vous vous attendiez, ou c’est vraiment la surprise ?

Philippe Gomès : Ni l’un, ni l’autre, mais c’est, je crois, avant tout, un acte irresponsable. La question, c’est la STCPI voit une des ses actions achetée par l’État, et en contrepartie, peut bénéficier de 15 milliards de francs CFP de prêt, qui seront apportés à la SLN. Donc, même si c’est un symbole qui ne leur convenait pas, je crois qu’ils auraient dû avoir une attitude pragmatique et d’accepter cette cession qui ne comportait pour l’État strictement aucun droit. Je dirais même que cette attitude d’irresponsabilité contraste avec l’attitude de responsabilité des salariés, des sous-­traitants et des organisations syndicales de l’entreprise qui, eux, sont totalement mobilisés pour faire en sorte que le prix de revient de la SLN soit amélioré, notamment que la livre, qui est aujourd’hui aux alentours de 6 dollars, quant à son prix de revient, puisse arriver, à échéance de 2018, à 4,5 dollars. Donc, non, je crois que c’est vraiment une mauvaise action qui a été faite, d’autant plus qu’on avait réuni à trois reprises la STCPI et qu’à trois reprises avait validé à l’unanimité les propositions que je faisais.

Journaliste : Vos élus, dans le Nord, ont apporté leur voix au véto donné, à son tour, par Paul Néaoutyine. Ils ont, semble-­t-­il, été pris de court. Mais est-­ce que c’est pas aussi parce quʹil y a une ambiguïté de Calédonie ensemble vis-­à-vis de la doctrine nickel qui est chère au président de la province Nord ?

Philippe Gomès : Il n’y a pas d’ambiguïté. On défend nos convictions et nos valeurs. Point, barre. Là, en l’espèce en ce qui concerne le vote des élus Calédonie ensemble, il n’y a pas une feuille de papier à cigarette entre Gérard Poadja et moi et entre les élus de Calédonie Ensemble du Sud et ceux de la province Nord. Il se trouve que le vœu a été inscrit, le matin-­même, donc, ils ont pas pu se préparer, qu’ils ont essayé de nous contacter, nous étions nous-­mêmes en assemblée de la province Sud, surtout qu’on leur a raconté quelques bêtises, et notamment en leur faisant croire que si une action de l’État était cédée à la STCPI, et que le prêt n’était pas remboursé, les provinces pouvaient être diluées. Enfin bon, c’est plus un mauvais concours de circonstances, regrettable concours de circonstances qu’autre chose.

 

Journaliste : Un mot sur la centrale. On revient à l’idée initiale de centrale à gaz. Est-­ce que c’est l’effet COP21 qui a contraint lʹindustriel ?

Philippe Gomès : Non, parce que c’est plus l’industriel qui décide, maintenant. C’est plus Eramet qui porte le projet, c’est plus la SLN. Ils ont eu dix ans pour le faire, ils l’ont pas fait. Et donc, maintenant, c’est un opérateur local qui va être créé, probablement dʹici la fin de l’année, qui associera Enercal et la SLN, et qui va réaliser cette centrale, avec le concours de l’État puisque la garantie de l’État doit être apportée, dʹici la fin de l’année, si le parlement en décide ainsi. Et je crois qu’on est bien partis pour. Et ce sera une centrale au gaz, ce qui est fondamental, bien sûr, là, c’ʹest l’effet COP21, mais nous, depuis 2010, lorsque je présidais le gouvernement de la Nouvelle-­Calédonie, nous soutenons cette formule de centrale au gaz. Une centrale au gaz, cʹest 100 fois moins de dioxyde de soufre qu’une centrale au fioul, c’est 30 fois moins de poussières, c’est 2 à 3 fois moins de gaz à effet de serre. Donc, cʹest vraiment le combustible de la transition énergétique, le gaz, et je crois quʹon a une responsabilité dans la zone, cʹest quand même le Pacifique insulaire qui est victime de manière forte du changement climatique, et on doit faire, là-­dessus, tous les efforts nécessaires. Je crois qu’ʹavoir une centrale au gaz, c’est permettre à la Nouvelle-Calédonie de sʹinscrire aussi dans le mouvement mondial qui est engagé, depuis la COP21, et aussi un moyen d’assurer la compétitivité de l’entreprise. Rendez-­vous compte, si on avait réalisé cette centrale, ces dix dernières années, la SLN dépenserait 10 milliards de francs CFP en moins, par an. C’est-­à-­dire, elle aurait un prix de revient beaucoup plus compétitif que celui qu’elle a aujourdʹhui. Donc, on va aussi, non seulement protéger l’environnement, mais également, permettre à la SLN de devenir l’une des entreprises mondiales les plus compétitives, et ça, c’est important pour notre pays.

Journaliste : Un mot de politique : vous avez, lors de votre réunion, récemment, parlé pour la sortie de l’Accord de Nouméa, de référendum éclairé. On comprenait. Il y avait la présentation de deux projets, projet indépendantiste et projet non indépendantiste. Aujourd’hui, vous parlez de consensus éclairé. Jʹai envie de vous demander : éclairez‑nous ! Qu’est-­ce que le consensus éclairé ?

Philippe Gomès : Le consensus éclairé. Consensus, ça veut dire ensemble. C’est-à-dire qu’on soit indépendantiste ou non indépendantiste, il faut qu’on puisse dire quel sera le jour d’après le référendum. Et on peut pas…, si Calédonie Ensemble dit, ” le jour dʹaprès, pour les non indépendantistes, c’est ça ʺ, ça nʹa aucune valeur. Il faut vraiment qu’on soit ensemble sur la même longueur d’onde et que le lendemain, quel que soit le résultat, on ait une Nouvelle-­Calédonie que les Calédoniens connaîtront, parce qu’elle aura été exposée avant le référendum. Alors, ça ne veut pas dire que les indépendantistes, ils sont pas indépendantistes et non indépendantistes ne le sont pas non plus. Ça veut dire qu’on essaye de se mettre d’accord sur 90 % du projet, quel que soit le résultat, on droit retrouver, au plan institutionnel, politique, économique et social, 90 % de ce que doit être la Nouvelle-Calédonie.

Journaliste : On y est aujourd’hui. On parle de 90 % de convergences, notamment à la suite des réunions d’experts, 10 % de divergences qui sont dus…

Philippe Gomès : On doit quand même progresser parce qu’il y a des champs, le champ des valeurs, le champ des compétences régaliennes, la nationalité, la citoyenneté. Donc, c’est une autre étape, et donc, on doit arriver dans cette étape, le lendemain du référendum, à trouver le 90 % qui doivent nous rassembler. Et puis, il y a 10 % sur lesquels on va pas être d’accord. Bien sûr ! Si on transfère la compétence de la défense, par exemple, à partir de ce moment-­là, on devient un État. Il y a un certain nombre, dont je fais partie, qui ne souhaite pas que la Nouvelle-­Calédonie devienne un État. Si demain, on a un siège à l’ONU, ça veut dire qu’on est un État. Si demain, on a une nationalité au lieu de la citoyenneté actuelle, ça veut dire qu’on n’a plus la nationalité française. Ce que je veux dire, c’est que, oui, il faut construire ensemble, parce que le référendum, c’est comment on continue à faire le destin commun. C’est essentiel, continuer à construire le vivre ensemble, mais en même temps, ce référendum, c’est accepter que chacun, dans ce pays, a ses propres convictions, elles correspondent à des choses très profondes, à un parcours, à une histoire et une lutte, il faut qu’elles puissent être respectées également, à lʹoccasion de ce référendum. C’est assez paradoxal.

Source : NC 1ère

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