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Discours du président du gouvernement à l’occasion du 80ème anniversaire du MEDEF

( 14 septembre 2016 ) Discours du Président
80 ans du MEDEF
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Monsieur le haut-commissaire
Monsieur le président du Congrès
Monsieur le vice-président du MEDEF National
Monsieur le président du MEDEF de la Polynésie française
Messieurs les co-présidents du MEDEF NC
Messieurs les anciens présidents du MEDEF NC
Monsieur le co-président du CDS
Mesdames et messieurs les chefs d’entreprises,
Chers amis,

Vous m’avez convié à venir célébrer avec vous les 80 ans du MEDEF calédonien. J’y suis très sensible et vous en remercie. Je tiens à saluer tout particulièrement votre vice-président du MEDEF national, Monsieur Thibault LANXADE et Monsieur Olivier KRESSMANN, président du MEDEF de Polynésie Française.

80 ans d’existence, c’est un signe de longévité. C’est un ancrage fort dans le paysage calédonien au regard de nos jeunes institutions.
N’oublions pas que les Provinces n’ont que 28 ans et le gouvernement à peine 18 ! Votre mouvement a traversé toutes les étapes de l’histoire calédonienne. Il vous revient de poursuivre dans le sillage de vos aînés.

Vous avez à juste titre organisé votre journée de travail autour de tables rondes. J’y serais d’autant plus attentif au moment où le gouvernement que je préside engage le territoire dans des réformes en profondeurs. J’ai cru percevoir à ce sujet quelques propos divergents, dans votre mouvement. C’est certainement une incompréhension mutuelle.
Votre table ronde sur l’économie et la fiscalité va traiter du sujet « liberté d’entreprendre ». Nous sommes au cœur du débat. Economie totalement libérale ou pour part régulée ? J’ai ma petite idée sur le sujet. C’est le fruit d’une expérience à la fois de chef d’entreprise, que j’ai été pendant plus de 20 ans, et d’homme politique depuis une dizaine d’année.

1. Une économie de marché régulée

Notre territoire est une île dans laquelle les lois du marché ne peuvent malheureusement pas s’exercer en mode de régulation naturelle. « La main invisible » d’Adam Smith ne peut conduire aux équilibres attendus. Bien au contraire notre territoire souffre de profonds déséquilibres économiques, une balance commerciale déficitaire, des écarts de revenus très importants, une cherté de la vie unanimement reconnue.

Ce sont ces déséquilibres qui ont conduit à d’importantes crises sociales, déclenchées par des grèves et protestations contre la vie chère ou le partage des richesses, dont le point d’orgue aura été celle ayant abouti à la mise en place en mai 2013, d’un gel des prix de 18 mois par mon prédécesseur. N’oublions jamais notre histoire. Elle peut se rappeler à nous si nous ne nous montrons pas à la hauteur des attentes.

Dès mon arrivée au gouvernement, j’ai veillé à ce que votre organisation revienne dans le cercle des discussions avec les groupes politiques et les organisations syndicales de salariés, desquelles vous aviez été écarté. C’est ainsi que vous avez été partie prenante et signataire en aout 2014 de l’agenda économique, fiscal, social partagé.
Ce que vous avez acté dans cet agenda a été intégré dans ma feuille de route politique. Cet accord est précieux. Il ouvre les voies des réformes dont a besoin notre territoire. En métropole, les partenaires sociaux mais aussi les hommes politiques rêveraient de pouvoir disposer d’un cadre contractuel ainsi établi.
N’est-ce pas Mr le président du MEDEF national !

Si nous en sommes arrivés là, c’est que nous avons tous pris conscience de la gravité de la situation. Après une croissance forte entre 2000 et 2010, dopée par les investissements liés notamment aux projets métallurgiques avec 1500 milliards injectés dans l’économie calédonienne, la Nouvelle-Calédonie est entrée progressivement dans une phase de croissance faible puis atone. Depuis 2011, le climat des affaires s’est dégradé atteignant son plus bas niveau historique en 2013. Parallèlement, la crise sans précédent du Nickel a accéléré ce ralentissement économique et mis en exergue la fragilité de notre modèle économique insuffisamment diversifié.

Nous n’avons pas le choix. Si nous voulons retrouver les chemins de la croissance, nous devons compter que sur nous-même et agir sur nos fondamentaux.

2. De nouveaux relais de croissance

Diversifier la production
Nous devons développer de nouveaux marchés, de nouvelles productions. C’est la raison pour laquelle le gouvernement, en concertation avec les Provinces, assure la promotion de filières économiques durables. Nous avons lancé les ateliers du tourisme et de la croisière qui fera débarquée près d’un million de visiteurs en 2020. Dans le domaine de l’agriculture nous avons structuré la filière fruits et légumes et les filières viande où notre autosuffisance n’est que de 16%. Dans le domaine du logement, nous avons organisé les états généraux de l’habitat qui doivent nous permettre de créer 2000 logements par an. Dans le domaine de l’environnement, nous avons mené à bien un schéma de transition énergétique dont la première traduction est l’adoption d’un plan pluriannuel d’investissement en faveur des énergies renouvelables de l’ordre de 120 milliards de francs d’ici 2030, dont une première tranche de 24 milliards sera engagée avant 2020.

Développer les exportations
Nous devons aller chercher des marchés à l’export. Je proposerai avant la fin de ce mois un plan de soutien à l’export. J’ai pris des initiatives depuis mon arrivée à la présidence pour nouer des échanges diplomatiques et commerciaux avec nos voisins dans le Pacifique Sud. J’ai eu l’occasion d’emmener avec moi un certain nombre d’entre vous, dans mes déplacements au Vanuatu, en Nouvelle- Zélande et le mois prochain en Australie. J’ai ouvert des portes et créé des liens. A vous de les poursuivre.

Pour formaliser ces accords politiques et commerciaux, je viens de signer un accord de coopération économique avec la Nouvelle-Zélande qui permettra de promouvoir notre destination touristique, nos exportations, des joint-ventures en matière d’investissement, de production et de recherche de marchés régionaux.

Un autre accord est en cours de finalisation avec le Vanuatu. Les Salomon veulent nous rejoindre et proposent avec le Vanuatu de signer un accord à trois, ce qui constituerait un marché d’ 1,2 millions de personnes.
J’ai par ailleurs poursuivi les démarches engagées par Philippe Gomes, en 2009, en sa qualité alors de président du gouvernement, afin que la Nouvelle-Calédonie devienne membre à part entière du Forum des îles du pacifique. J’ai déployé tous mes efforts pour faire aboutir cette démarche parce que je crois en son utilité pour nous, pour le rayonnement de l’économie calédonienne. C’est depuis dimanche dernier, chose faite. J’ai obtenu au terme de plusieurs jours de négociation avec les Chefs d’Etat de la région, que la Nouvelle-Calédonie, tout comme la Polynésie, fasse son entrée au Forum des Iles du Pacifique aux côtés de 18 autres Chefs d’Etat dont l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

Je ne doute pas que de ces nouveaux accords jailliront des retombées économiques. Je multiplierais les contacts, ainsi noués pour que la Nouvelle-Calédonie développe ses échanges commerciaux et son ancrage dans la région.

J’engage par ailleurs des discussions avec l’Europe pour faire en sorte que la Nouvelle-Calédonie devienne le « porte avion » de l’Europe dans le Pacifique. Nous devons mieux capter et mieux profiter des aides européennes et servir de point d’appui. Je crois pouvoir dans cette perspective annoncer la tenue d’un sommet Europe / Océanie en juillet 2017 à Nouméa.

Favoriser l’innovation
Outre le volet diversification et le volet exportation, j’entends également promouvoir l’innovation. C’est un facteur de croissance que nous devons mobiliser. Je serais à même de vous proposer dans quelques semaines un plan de soutien à l’innovation.

Les grands chantiers
Pour relancer la croissance le gouvernement entend aussi agir sur les deux leviers traditionnels que sont l’investissement et la consommation. S’agissant de l’investissement, nous savons que les périodes bénies des grands chantiers est derrière nous. Ce n’est pas pour autant que plus rien ne se passera. Bien au contraire.

L’investissement public tout d’abord. Pour préserver l’investissement public, le gouvernement a taillé dans les dépenses de fonctionnement. C’est ainsi qu’en deux exercices budgétaires les dépenses de fonctionnement du budget de la Nouvelle Calédonie sont passées de 57 milliards à 42 milliards, réduisant ainsi de 25% les dépenses publiques. Je sais que cela fait partie des mesures que vous attendiez. Nous avons pu ainsi préserver et même accru notre niveau d’investissement (hors Médipôle) à 14 milliards. Ce sont autant de chantiers pour nos entreprises, notamment du BTP.

Le gouvernement a également pris des mesures pour financer le projet Néobus de 20 milliards. L’OPT, a engagé le plan « fibre optique pour tous » pour 10 milliards. Le port Autonome a relancé la procédure de réalisation des travaux « du poste 8 » pour 2,5 milliards avec un début de chantier en juillet 2017qui sera suivi du poste n° 9 pour étendre notre capacité d’accueil des croisiéristes. Le gouvernement et les Provinces ont négocié avec l’Etat un nouveau contrat de développement qui injectera 80 milliards dans l’économie calédonienne, mais aussi :

• Le projet de Centrale C, un chantier de 60 milliards minimum
• Le projet du barrage de la Ouiné pour 35 milliards ; celui de Pouembout pour 8 milliards
• Le projet de rénovation urbaine de Saint Quentin de 30 milliards

Parallèlement, de grands projets d’investissement privés sont à ce jour identifiés :

• L’hypermarché de Dumbéa sur Mer autorisé par le gouvernement le 30 aout dernier. Un chantier de 5 milliards et de 200 emplois.
• Les 2 projets d’hypermarché de Ducos et Païta, déjà autorisés une première fois, pour 8 milliards.
• La construction du projet immobilier « Carré Rolland » de 12 milliards avec création de 700 emplois.
• Le projet hôtelier Hilton à Lifou de 3,5 milliards
• Le projet de marina à Nakutakoin de 8 milliards
• Le projet de stockage à sec des résidus de Valé de 20 milliards,
• Etc.

Vous voyez que les projets sont divers, nombreux et de taille. L’horizon n’est pas sombre. L’investissement public et privé est encore dynamique.

Soutenir la consommation
L’autre moteur de la croissance est la consommation. Celle-ci représente plus de 70 % du PIB. C’est dire son importance. La consommation constitue un levier majeur de la croissance économique du Territoire.
Le niveau de consommation est fonction du pouvoir d’achat. Celui-ci dépend du niveau des revenus et du niveau des prix. Convenons que nous avons à faire face à deux handicaps. Une inégalité forte des revenus qui conduit au constat que 30 % des foyers fiscaux gagnent moins de 150.000 F net par mois : que 80 % des foyers fiscaux ont moins de 500.000 F net par mois ; que seulement 10 % des foyers fiscaux gagnent plus de 700.000 F.CFP net par mois. Or, ce sont les bas revenus qui ont une propension à consommer la plus forte. C’est la raison pour laquelle, conformément aux engagements que nous avons tous pris dans l’Agenda économique, fiscal et social partagé, le gouvernement a adopté un projet de réforme de l’IRPP qui sera présenté au congrès avant la fin de cette année. La ligne directrice de cette réforme est de redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes.

L’autre réforme pour relancer la consommation est aujourd’hui bien connue de vous tous. Je veux parler de la loi TGC et de la compétitivité. L’objectif est clair : faire baisser durablement les prix. Les entreprises ont au final tout à y gagner. La TGC (ou TVA en métropole) permettra d’obtenir des prix hors taxes. Vous n’aurez plus de taxes sur vos consommations de produits intermédiaires ou sur vos investissements, votre trésorerie en sera notoirement améliorée en ne faisant plus l’avance de taxes.
L’expérience des pays ayant introduit de telles réformes, dont notre voisin polynésien, nous a conduits à prévoir des règles du jeu. Ce sont celles contenues dans la loi compétitivité/prix. Ces règles priorisent la voix de la contractualisation. Vous êtes invité à mettre au point des engagements conduisant à des baisses de prix, au plus tard au moment du passage à la TGC, soit au 1er juillet 2018, pour redonner du pouvoir d’achat aux calédoniens et relancer la consommation. C’est un cycle vertueux qui est visé.

3. Les accords de compétitivité

Le temps de la passion est passé, celui de la raison doit l’emporter. Le temps nous est donné pour mener à bien des discussions permettant d’aboutir à des accords de compétitivité.
J’ai invité les organisations patronales et syndicales le 29 septembre prochain pour définir ensemble les voies et moyens d’y parvenir. Je fais le pari de l’intelligence collective. Je ne doute pas que l’esprit de pionniers que vous incarnez soufflera à nouveau et saura vous guider.

Je voudrais enfin conclure mon propos sur le plan de soutien à l’emploi que je viens de présenter en lien avec les provinces.

4. Plan de soutien à l’emploi

La conjoncture économique et la situation de l’emploi m’ont conduit à prévoir des dispositifs immédiats pour aider ceux d’entre vous qui se trouveraient momentanément en difficulté. La ligne directrice est de préserver coûte que coûte l’emploi et passer ce cap difficile, dans l’attente d’un retour à la croissance.
Ce plan repose sur plusieurs grands principes au premier rang desquels la création dans chaque province de guichets uniques qui seront les « urgentistes » chargés d’aider les entreprises en difficulté et les salariés licenciés.

Viennent ensuite des mesures spécifiques pour aider les entreprises à maintenir leurs emplois à travers notamment une révision du dispositif du chômage partiel.
Le gouvernement propose de l’étendre jusqu’au 31 décembre 2017 à 1. 800 heures indemnisables par an au lieu de 900 actuellement et de porter l’indemnisation de 66 à 100 % du SMG.

Par ailleurs, un comité de chefs de services créanciers pourra échelonner les dettes fiscales et sociales des entreprises rencontrant des difficultés.

En lien avec la province Sud, les entreprises sous-traitants de l’industrie métallurgique et les entreprises du BTP de moins de 10 salariés, et ayant perdu 35 % de chiffre d’affaires, pourront bénéficier d’une prise en charge des cotisations sociales et des salaires sur une durée d’un an.

En province des Iles, ce sera un dispositif de prise charge des cotisations patronales sur la base du SMG pendant 24 mois dégressifs.

Avec l’aide des provinces, nous allons intensifier notre intervention en faveur de la création d’emplois. Celle-ci prendra forme en province Sud d’une prime de 200.000 F pour toute embauche, tous secteurs confondus.

Dans les Iles Loyauté, ce sera la prise en charge des salaires de façon dégressive sur 18 mois.

Le gouvernement va promouvoir la formation professionnelle en élargissant le champ des formations déductibles au titre du financement de la formation professionnelle pour les entreprises de plus de 10 salariés, à toutes les formations obligatoires, notamment celles d’hygiène et de sécurité.

Des mesures particulières sont aussi mises en œuvre dans ce plan de soutien en faveur du BTP. Le dispositif « prêt à taux zéro » sera facilité pour les couples sans enfants et devrait générer une centaine de logements supplémentaires et 2,5 milliards de commande pour le BTP.

En matière de commande publique, des avances de 25 % seront systématiquement faites pour les marchés inférieurs à 100 millions.
De même, j’ai demandé à mes services de raccourcir les délais de paiement et demandé que les délais aujourd’hui de 45 jours soient réduits à 36 jours au 1er avril 2017, puis à 30 jours au 1er janvier 2018.

Un programme de travaux exceptionnels de l’ordre de 1,7 milliard sera débloqué et devra être engagé avant la fin de cette année.
Ce seront pour l’essentiel des travaux routiers mais aussi des travaux dans les internats de nos lycées.

Enfin, le gouvernement multiplie les initiatives auprès de Bercy pour voir débloquer les dossiers de logement social en défiscalisation, lesquels représentent 18 milliards de travaux. Ce dossier sera inscrit au Comité des Signataires de fin octobre.

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Je m’excuse d’avoir peut-être été un peu long. Mais je tenais à vous exprimer, au-delà de ma passion pour l’économie, ma conviction qu’il n’y a pas de fatalité et qu’ensemble nous pouvons retrouver les chemins de la croissance et de l’emploi.

Je vous remercie de votre attention.

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