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Discours de M. Gérard Poadja : 4ème commission chargée de la décolonisation à l’ONU

( 5 octobre 2016 ) Monsieur le Président de la 4ème commission,
Mesdames et messieurs les membres de la commission,

Si je m’exprime aujourd’hui devant vous, c’est au nom de « Calédonie Ensemble », première formation politique de Nouvelle-Calédonie.

De sensibilité non indépendantiste, ce mouvement rassemble des Calédoniens de toutes ethnies, de toutes conditions sociales, de la brousse comme de la ville.

J’ai moi-même, au nom de cette formation en 2012, assumé la présidence du Congrès, ce qui était une première pour un Calédonien d’origine kanak du Nord de la Grande-Terre.

Ce que je suis venu vous dire aujourd’hui solennellement c’est qu’une très large majorité de la population calédonienne souhaite continuer à affirmer sa singularité au sein de la République Française. Et que cette population est de toutes les couleurs.

Parce que pour nous la France est une chance.

Une chance pour une petite île comme la nôtre, peuplée de moins de 300 000 habitants, perdue au milieu du Pacifique Sud, d’être reliée à un “grand et vieux pays” – la France – et à un grand continent – l’Europe – tout en participant pleinement au concert des nations de l’Océanie.

Une chance pour nous de ne pas avoir à tendre la sébile sur la scène internationale, comme trop de pays y sont contraints, pour répondre aux besoins élémentaires de nos concitoyens, en matière de sécurité intérieure et extérieure ou d’éducation, grâce aux transferts financiers de l’Etat qui représente, chaque année, un milliard 300 millions d’euros, soit l’équivalent de la totalité des impôts payés par les calédoniens.

Une chance enfin de pouvoir nous gouverner nous-même, dans le respect de nos mémoires et de nos cultures, au sein même de la République, pour la quasi-totalité des compétences du pays, à l’exception des pouvoirs régaliens.

Cette chance, il nous appartiendra de décider si nous devons en 2018, au moment du référendum prévu par l’Accord de Nouméa, la conserver ou, au contraire, choisir d’accéder à une souveraineté pleine et entière.

Pour nous, calédoniens non indépendantistes de toutes ethnies, au terme du processus de décolonisation négocié dans lequel nous sommes engagés, ce serait une grave erreur de franchir une ultime étape dans l’émancipation de notre pays, qui nous conduirait à sortir des limites de la République.
Et, croyez-moi, le peuple calédonien ne s’y aventurera pas.

Pour autant, il nous faut arriver – par le dialogue et dans le respect des convictions de chacun – à construire avec les indépendantistes les équilibres nécessaires pour que ce référendum de 2018 ne soit pas la victoire d’une Calédonie sur l’autre.
Il nous faudra, à la fois, continuer à tisser les fils du destin commun, tâche à laquelle nous nous consacrons depuis 30 ans maintenant, et, dans un même temps, pouvoir affirmer nos convictions les plus profondes par rapport à l’avenir du pays.

Je suis intimement persuadé, malgré les difficultés que nous rencontrons parfois au quotidien, que l’intelligence collective de notre peuple sera, une nouvelle fois, au rendez-vous de l’Histoire.

Je vous remercie.

Pour visionner le discours de Gérard Poadja, traduit en anglais, cliquez-ici (Intervention à 2h30)

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