Accueil VU SUR LE WEB La lutte contre la délinquance prend un virage territorial

La lutte contre la délinquance prend un virage territorial

( 15 février 2017 ) Sécurité. La Maison bleue a fait salle comble hier au conseil provincial de prévention de la délinquance. Violences conjugales, service civique, renfort des moyens de la justice et du Camp-Est : le point sur les dispositifs.

Un plan territorial sur la table du Congrès en mars

La lutte contre la criminalité a pris une coloration résolument territoriale, hier, au conseil provincial de la prévention de la délinquance. En témoigne la présence du président du gouvernement aux côtés du haussaire, du procureur de la République et du président de la province Sud. Justice, forces de l’ordre, municipalités, provinces, autorités coutumières et associations : la coordination des actions entre une multitude d’acteurs s’impose comme le pivot de la lutte contre la délinquance. D’où un plan triennal à l’échelle du pays, s’inscrivant dans la continuité du dernier Comité des signataires. Le projet qui s’inspire des recommandations des missions IGGN/IGPN, du rapport N’gahane, et du rapport Fournier, fera l’objet d’une vaste consultation avant d’être présenté en mars au Congrès, pour une mise en œuvre en mai 2017.

L’éclatement de la cellule familiale

« Renforcer la lutte contre les atteintes aux personnes » : c’est la première volonté de la circulaire de politique pénale diffusée par le garde des Sceaux. « Le parquet s’engage à une plus grande réactivité, et encourage le dépôt de plainte, souligne Alexis Bouroz, le procureur de la République. Il y a une omerta générale, notamment des victimes, qui interdit souvent toute procédure ». Inscrits au contrat de développement, la mise en place du Cauva (Centre d’accueil en urgence des victimes de violence) et celle d’un foyer pour les auteurs de violence viennent compléter le dispositif de lutte contre la violence conjugale, dont le lien avec la délinquance des mineurs n’est plus à démontrer. « On voit aujourd’hui tout l’impact de la violence faite aux femmes sur la déstructuration de la cellule familiale » relève Nicole Robineau, présidente de la commission à la condition féminine. Révélateur, le nombre de saisines judiciaires pour les situations de carence éducative est inférieur à la moyenne nationale, relève le procureur.

Mesures d’insertion

Dispositif phare de la réinsertion, le service civique calédonien doit faire l’objet de travaux au Congrès en mars. Inscrit en partie au contrat de développement, il se déclinera en trois parcours, et sera supervisé par une « Agence calédonienne du service civique ». Outre le service civique, l’Etat s’est également engagé sur une série de dispositifs du même ordre, tels que la « garantie jeunes », les « emplois d’avenir », la création d’un établissement pour l’insertion dans l’emploi (Epide) ou encore l’extension des capacités du RSMA, avec l’ouverture de 80 places supplémentaires. Cet engagement doit se concrétiser par la signature d’une convention prévue pour mars.

Renforts pour la police, la justice et le Camp-Est

Comme annoncé le 5 novembre au ministère de l’Intérieur, une cohorte d’une cinquantaine de policiers et de gendarmes vient renforcer les effectifs des forces de l’ordre. « Service après-vente » de la police, la justice n’est pas en reste, avec l’arrivée de deux postes de greffiers. Quant au Camp-Est, il comptera bientôt treize postes supplémentaires, dont deux affectés spécifiquement à la sécurité et à la surveillance du périmètre. Enfin, dans la perspective de l’ouverture du centre pénitentiaire de Koné en 2020, 90 agents seront recrutés : 70 surveillants, 15 personnels spécialisés et cinq cadres.

L’inquiétant rajeunissement des auteurs de délits

Si les vols avec armes restent marginaux, les coups et blessures volontaires, à l’intérieur et en dehors de la sphère familiale, les cambriolages et les vols de véhicules continuent de progresser. Avec une participation des mineurs en hausse depuis trois ans.

Pas d’homicide à déplorer en 2016. « Les violences physiques crapuleuses, c’est-à-dire commises pour voler, ou tuer, sont relativement contenues. Elles représentent 1,60 % des atteintes aux biens, indique le directeur de la sécurité publique, Francis Rota. J’en veux pour preuve que les vols avec violence sans arme reculent de 2,4 %. » Idem pour les vols à mains armées, quasi inexistants en 2016. Les violences physiques non crapuleuses en revanche atteignent 84 %. Elles sont essentiellement commises dans la sphère relationnelle, familiale, ou à la sortie des établissements de nuit. Sans surprise, dans 80 % des cas, la consommation d’alcool est impliquée. « C’est un type de violence important mais qui marque un petit recul de 1,7 % » poursuit le directeur.

Les forces de l’ordre font en revanche le triste constat d’une progression des violences sexuelles : 57 faits en 2014, 80 en 2015 et 83 en 2016. Lente, mais régulière, elle s’inscrit sur plusieurs années, avec une hausse de 3,5 % entre 2015 et 2016.

Autre élément inquiétant. En 2016, la part des mineurs impliqués dans la totalité de la délinquance générale représente 27 %, contre 25 % en 2015 et 21 % en 2014.

Leur domaine de prédilection ? Les atteintes aux biens. C’est-à-dire la délinquance « acquisitive », qui représente 61 % de la délinquance générale. Des vols qui se déroulent généralement à Nouméa.

En janvier 2017 la Calédonie a même battu un taux de participation record aux cambriolages avec un taux de 75 % de mineurs mis en cause. Preuve que le phénomène est prégnant.

E.C.

Repères

Violences et rapports de genre

En termes de lutte contre la violence faite aux femmes, la Nouvelle-Calédonie manque cruellement de chiffres récents. La dernière enquête nationale menée par l’Inserm remonte à 2003, soit 14 ans. La mise à jour ne saurait tarder encore très longtemps. La province Sud vient de l’apprendre. Dans le cadre du projet de loi pour l’égalité réelle des outre-mer, la commission mixte paritaire a validé l’extension systématique aux outre-mer de l’enquête nationale Virage (Violences et rapports de genre). Menée par l’Institut national d’études démographiques (Ined), elle étudie les contextes et les conséquences des violences subies par les femmes et par les hommes. Objectif : saisir les multiples formes de la violence et les aborder dans une perspective de genre.

La BPDJ est constituée

Une brigade de prévention de la délinquance juvénile (BPDJ) créée au sein de la gendarmerie devrait se mettre en place « progressivement » cette année. Elle sera composée de six agents, trois femmes et trois hommes, dont deux experts de ce type d’unité, et quatre Calédoniens. L’équipe devrait être hébergée dans la caserne de Normandie.

Source : LNC

À voir aussi :

Réglons les problèmes sanitaires, économiques et sociaux avant de s’engager sur un second tour des municipales

(21 avril 2020) Il nous semble plus urgent de traiter les problèmes sanitaires, économique…