Accueil VU SUR LE WEB « Pour le référendum de 2018, nous avons besoin de chefs de paix »

« Pour le référendum de 2018, nous avons besoin de chefs de paix »

( 5 avril 2017 ) Le député sortant de la deuxième circonscription, (La Grande Terre et Bélep sans Nouméa) a confirmé sa candidature. Sa priorité, obtenir en 2018 une déclaration des valeurs communes calédoniennes, afin que le référendum ne soit pas l’occasion d’affrontements. Entretien avec Philippe Gomès.

Les Nouvelles calédoniennes : voilà des mois que vous êtes en campagne, que vous multipliez les réunions. Votre candidature était un secret de Polichinelle. Pourquoi ne l’officialiser que maintenant ?

Je n’ai pas attendu la campagne électorale pour faire des tournées dans ma circonscription. Avec Gérard Poadja, nous avons tenu pas moins de 200 réunions publiques d’information au cours des cinq dernières années. Mais la tournée actuelle revêt une particularité, c’est celle du bilan de la législature 2012-2017. C’est la moindre des choses que de rendre compte à celles et à ceux qui vous ont fait confiance du travail accompli. Enfin, l’annonce de ma candidature, c’est Gérard qui l’a faite à Koné. Il est élu dans le Nord, nous tenions une réunion dans le Nord, il a jugé que c’était le bon moment.

Quels seront les grands axes de votre mandature 2017-2022 si vous êtes réélu ?

Ma priorité absolue sera de consolider la paix et le vivre ensemble tout en permettant à notre pays de continuer à affirmer sa singularité au sein de la République. Trente ans après les Accords de Matignon, nous sommes encore assis sur de multiples fragilités : économiques, sociales, et avec une partie de notre jeunesse. C’est sur cette somme de fragilités, que l’on va devoir se prononcer sur la question de l’indépendance. Le problème est donc « comment poser cette question sans que la réponse apportée ne génère des désordres » ? C’est pourquoi, nous devons tout faire pour que ce référendum ne soit pas seulement l’occasion d’affirmer la conviction de chacun – l’indépendance ou pas -. Il doit être aussi, pour le peuple calédonien, l’occasion d’écrire une nouvelle page du destin commun. Pour y parvenir, nous avons besoin de chefs de paix. Pas de pitbulls.

Donc le référendum est quelque chose de dangereux qui doit être manié avec des pincettes ?

C’est autour du « oui ou non à l’indépendance » que les Calédoniens se sont affrontés dans la violence avec son cortège de deuils pendant une décennie. C’est pourquoi, appréhender la question de l’avenir du pays de manière aussi basique qu’elle a été formulée lors du référendum Pons en 1987 serait une régression. Comme s’il ne s’était rien passé depuis 30 ans. Nous avons appris à nous connaître. Nous affichons la volonté de construire un destin commun. Il faut prendre en considération ces acquis.

D’où votre volonté d’intensifier les discussions avant le référendum ?

Absolument ! Le dialogue politique avec les indépendantistes, préalablement au référendum, est indispensable. Nous devons acter ce qui nous rassemble avant de nous prononcer sur ce qui nous sépare. Acter ce qui nous rassemble, c’est construire le socle de notre communauté de destin. Un socle que les Calédoniens auront la garantie de retrouver le lendemain du référendum quel que soit son résultat.

En quoi, consisterait ce socle ?

D’abord, un « socle de valeurs » qui se traduirait par une charte des valeurs calédoniennes conjuguant les valeurs de la République, les valeurs chrétiennes et les valeurs kanak et océaniennes. Ensuite un « socle institutionnel » : les provinces, les communes, le gouvernement, etc., le corps électoral, la clé de répartition. On doit pouvoir trouver des équilibres. Enfin, un « socle économique » autour des questions majeures qui ont toujours été intrinsèquement liées aux évolutions politiques du pays : la question foncière et celle relative à la valorisation de nos ressources minières. Si on parvient à construire ce socle, le référendum ne sera plus appréhendé de la même manière. Ce sera toujours une consultation sur l’indépendance mais ce sera aussi, l’affirmation forte de ce qui nous rassemble. On aura ainsi utilement éclairé le jour d’après et ce, quel que soit le résultat du référendum.

Mais le temps va vous manquer, il ne restera guère plus d’un an entre les législatives et le référendum.

N’oublions pas que ça fait six ans qu’on échange. Mais c’est vrai que le temps nous est désormais compté. L’État prendra dès avril 2018 le décret destiné à organiser le référendum en novembre. Nous aurons tout juste dix mois pour aboutir à une déclaration commune, entre indépendantistes et non-indépendantistes, sur ce qui pourrait constituer ce socle de notre communauté de destin.

Vous n’imaginez tout de même pas réunir l’ensemble des formations politiques autour d’une telle déclaration en si peu de temps ?

Il nous faut réunir les grandes formations politiques du pays à l’instar de ce qui a été fait pour l’accord de Nouméa. Les extrémistes – ou les opportunistes – des deux côtés, qui sont opposés à tout dialogue avant le référendum, s’excluent d’eux-mêmes. Je rappelle que le Parti Travailliste, le Front national et Didier Leroux avaient appelé à voter contre l’accord de Nouméa.

Mais pour les indépendantistes, les compétences régaliennes et la pleine souveraineté, c’est ce qui compte avant tout.

Ce qui compte, – vraiment – c’est notre capacité à continuer à vivre en paix. Nous savons tous que le non à l’indépendance va l’emporter en 2018, y compris les indépendantistes. Mais l’arithmétique électorale ne constitue pas à elle seule une solution politique dans un pays comme le nôtre.

Pendant la campagne, vous allez être attaqué sur la situation économique qui n’est pas brillante, alors que votre parti préside le gouvernement et la province Sud.

Si vous connaissez une formation politique qui peut avoir une influence sur les cours du nickel, faut pas hésiter à l’envoyer tout de suite au London Metal Exchange (LME). Je rappelle qu’en 2015, nos trois usines ont perdu 100 milliards CFP.

À la place qui était la mienne, j’ai obtenu du Premier ministre des concours financiers importants de l’Etat pour la SLN et Vale qui ont été confirmés par l’Assemblée nationale le 29 décembre 2016. J’ai obtenu également, en tant que député, trois avancées majeures pour le pays : la prolongation de la défiscalisation nationale de 2017 à 2025, la délocalisation de l’agrément pour les logements sociaux, ce qui débloquera 1 000 constructions, soit 25 milliards CFP de travaux. Et l’extension en Nouvelle-Calédonie des missions de la Banque publique d’investissement.

Et la montée de l’insécurité ?

Je n’ai cessé de me battre tout au long des cinq années écoulées pour le renforcement des moyens humains et matériels des forces de l’ordre dans notre pays : 53 policiers et gendarmes et un 5e escadron de gendarmerie sont venus compléter les effectifs. Sans oublier la prison de Koné, 150 places, qui ouvrira ses portes en 2019.

Il n’empêche que la situation est considérée comme alarmante.

Oui, et particulièrement en ce qui concerne les violences avec armes sur les forces de l’ordre qui représentent 50 % du total des outre-mer… Ainsi que la délinquance des mineurs qui constitue 60 % de la délinquance de proximité, le triple de la Métropole. Et le pire, c’est que la moitié des mineurs a entre 13 et 15 ans. C’est notre talon d’Achille. Les familles sont défaillantes, les repères coutumiers se délitent, le service militaire a disparu, et le système éducatif est insuffisamment adapté. Il nous faut reprendre en main les 600 jeunes qui sortent chaque année de notre système scolaire avant l’âge de 16 ans sans diplôme, sans qualification et sans emploi. Et qui à force de traîner oisifs dans les tribus, les quartiers et les villages, finissent par se perdre. Nos réponses sont structurelles car le problème est structurel : c’est le projet éducatif, la création d’un service civique obligatoire, le renforcement du SMA, et la création d’un établissement d’insertion de type militaire – EPIDE – qui accueille en Métropole les jeunes dès 16 ans, pré-délinquants ou délinquants et qui obtient de remarquables résultats. J’y crois beaucoup.

Et Saint-Louis

C’est une tribu dans la ville qui a historiquement toujours réagi aux soubresauts de la politique calédonienne et dont la jeunesse a souvent été instrumentalisée. On en paie aujourd’hui le prix. Ce qui est positif, c’est que Daniel Goa, au nom de l’UC, et le FLNKS, aient tour à tour condamné de manière solennelle ces violences. Tout silence sur le sujet aurait été ressenti comme une forme de complaisance politique, dangereuse pour notre pays. Il y a encore une dizaine d’individus en liberté, dont 3 ou 4 très dangereux. Tant que ces tueurs en puissance n’auront pas été incarcérés, Calédonie Ensemble a demandé la mise en place d’une zone de sécurité permanente, H-24, sur les 3,5 km de la route provinciale qui traverse la tribu. Il est indispensable, que le propriétaire soit d’accord ou pas, de faire un défrichage en profondeur, pour améliorer de manière significative la visibilité.

Source : LNC

À voir aussi :

L’audition jeudi soir de la ministre de la justice devant la délégation outre-mer de l’Assemblée m’a permis de lui demander des renseignements sur l’accroissement des actes de violences intra familiales et d’enfance en danger dans les Outre-mer et en Nouvelle-Calédonie en particulier

L’audition jeudi soir de la ministre de la justice devant la délégation outre-mer de l’Ass…