Accueil ACTUALITÉS Quelques heures au musée de la Calédonie avec Annie Qaeze

Quelques heures au musée de la Calédonie avec Annie Qaeze

(2 février 2019) Pendant les vacances, les musées se dévoilent. Non pas sous le regard d’un spécialiste, mais avec celui d’une personnalité connue des Calédoniens. Pour le dernier de la série, le musée de la Nouvelle-Calédonie vu par Annie Qaeze, ingénieure et femme politique.

Les Nouvelles calédoniennes :  Que vous évoque le musée de la Nouvelle-Calédonie ?

Plein de choses [sourire]. Le fait de retracer notre histoire, de vivre ce que les gens vivaient avant, c’est une sorte de machine à remonter le temps, on s’imagine des choses sur nos ancêtres, et cela contribue à l’élaboration de notre mémoire commune malgré nos origines différentes. La vieillesse des objets, c’est frappant. Quand on se balade, on sent que c’est sérieux et silencieux. Il se dégage une sorte de gravité, de sérénité et de beauté des objets.

On a un aperçu de la culture kanak, c’est un premier pas, une rencontre avec le monde mélanésien.

On se rend compte de la richesse de notre culture. Originaire de Lifou, je suis imprégnée par la culture kanak des îles, et là je découvre aussi celle de la Grande Terre, les différences de monnaies, les cases, etc.

Annie Qaeze devant le musée de la Nouvelle-Calédonie qui, en septembre, va entrer dans une phase d’agrandissement.

En quoi ce musée est-il important pour le pays ?

Parce qu’il raconte l’histoire de notre pays, et que le fait d’y aller, c’est s’en approprier une partie. C’est important pour la mémoire de notre pays. En visitant ce lieu, on a déjà un aperçu de la culture kanak, c’est un premier pas, une rencontre avec le monde mélanésien, car on montre le savoir-faire et la façon de vivre. Et puis, on ne parle pas que du monde kanak, on évoque aussi l’Océanie, cela permet de visualiser la région dans son ensemble. Vous ressentez ce lien avec l’Océanie ?

On dirait qu’on retrouve un peu les mêmes objets selon les régions. Il y a des spécificités, mais la base est semblable. Quelque part, on est un. Parfois, les rapports entre les communautés ne sont pas faciles, alors qu’on se ressemble.

Quel est votre objet coup de cœur ?

C’est vraiment la case parce qu’elle symbolise le monde kanak. Elle raconte le lien, l’échange, elle illustre la base de notre culture, le fait qu’on ne peut pas vivre seul. Elle signifie la famille, le clan, le rapport à la terre. Chaque élément a sa signification, comme le poteau central, qui représente le grand chef. Un élément doit être dans un ensemble pour avoir de la valeur. Vivre en communauté c’est essentiel, on ne peut pas vivre seul. On se définit par rapport aux autres, à une vallée, à un cours d’eau, à une famille, à un clan.

Cela vous rappelle des souvenirs d’enfance ?

Oui, beaucoup. J’ai eu la chance de confectionner des cases pendant les vacances scolaires, c’était une transmission orale, avec mon père. C’est cela, aussi, le musée, ça fait remonter beaucoup de souvenirs.

Il y a un autre pan de la culture qui retient votre attention, le tressage de la natte…

C’est un des objectifs d’Annie Qaeze cette année. Trouver le temps d’apprendre à tresser une natte de façon traditionnelle.

Dans la case, il y a une natte tressée, c’est très codifié, il faut faire les choses d’une manière particulière, définie. Je conseille à tous les jeunes de profiter des vacances pour apprendre leur culture. Il y a la modernité qui nous en éloigne, le quotidien, le travail, mais c’est également de notre propre responsabilité. C’est vraiment un point qui me tient à cœur, de faire ma natte. Et puis, ce sont les femmes qui tressent les nattes. C’est beau, et ce qui me plaît, c’est la méthode de confection. Une natte, ça fédère, ça lie. En tissant, la feuille de pandanus devient quelque chose. Le fait de tresser m’a toujours beaucoup interpellée.

Quel genre de visiteuse de musée êtes-vous ?

Je me laisse transporter par le flux. L’organisation de la structure, c’est un chemin qui raconte déjà quelque chose, le choix des objets, la mise en lumière. Et je m’arrête quand je suis intriguée ou qu’un objet m’attire.

Vous sensibilisez votre entourage à cela ?

« C’est parfait comme panier à légumes, pour lutter contre le plastique, estime Annie Qaeze, devant la vitrine, on pourrait s’en inspirer. »

J’ai déjà emmené mes neveux au musée, c’est important de sensibiliser la famille. Cela raconte une partie de notre vie aussi. Le musée permet aussi de pallier le manque d’informations des parents. Il peut transmettre cette part de culture nécessaire.

Est-ce que vous trouvez que le musée est adapté à tous les âges ?

Ce qui compte, ce sont les objets en eux-mêmes, je pense que c’est fait pour tout le monde, petits et grands, pour ceux qui ont envie de connaître leur pays, qui sont à la recherche de leur histoire.



Annie Qaeze

Née à Nouméa en 1988, elle a grandi à Wedrumel, à Lifou. Annie Qaeze arrive à la capitale pour intégrer le lycée Lapérouse. Après une prépa scientifique, elle fait une école d’ingénieurs dans le Pas-de-Calais, avant de revenir en 2011. « Je voulais participer à la construction de mon pays. » Elle intègre Goro en tant qu’ingénieure en hygiène et sécurité. Quatre ans plus tard, elle devient chef de cellule prévention et sécurité à l’OPT. Depuis un an, elle est chargée de mission Sécurité civile auprès du président du gouvernement. Annie Qaeze s’est investie en politique au sein de Calédonie ensemble. Conseillère municipale à Nouméa, elle est députée suppléante de Philippe Dunoyer.



Le musée de la Nouvelle-Calédonie

Le musée se consacre d’abord aux sociétés kanak et océaniennes traditionnelles. La collection kanak, forte de plus de 2 000 objets, demeure l’une des plus riches au monde. L’établissement s’est ouvert aux autres cultures du territoire. Il va être agrandi et réaménagé selon le concept d’un musée de société calédonien.



Source : Les Nouvelles Calédoniennes

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