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SLN : Mise au point

(5 mars 2019) Faisant suite au communiqué du président de la province Nord sur la SLN, il me semble indispensable d’apporter deux ou trois précisions.

1. En ce qui concerne le prêt de 63 milliards accordé à la SLN en 2016, je me suis d’abord battu –assez seul- afin d’obtenir le concours de l’Etat et des actionnaires d’ERAMET au sauvetage de l’entreprise. Les modalités de ce concours ont évolué au fil des négociations : initialement envisagé comme un prêt à la STCPI, il s’est transformé en prêt à la SLN dont j’ai négocié pied à pied les conditions, notamment celles relatives aux taux d’intérêt.

Quant à la solution visant à injecter 63 milliards en augmentation de capital, elle n’a jamais été sérieusement examinée eu égard aux difficultés techniques et politiques qu’elle présentait dans une situation d’extrême urgence.

Enfin, je me permets de rappeler aux donneurs de leçon à la mémoire courte -Thierry SANTA et Paul NEAOUTYINE pouvant être rassemblés en l’espèce- que la faute originelle qui a conduit la SLN à se retrouver dans cette situation de grande précarité réside dans la décision unanime prise en 2012 et 2013 de vider les caisses de l’entreprise en distribuant à ses actionnaires pas moins de 100 milliards FCP de dividendes. Cette décision a été prise à l’époque à l’unanimité des groupes politiques au sein de la STCPI : UNI-PALIKA, UC et RASSEMBLEMENT.

Calédonie Ensemble est la seule formation politique à s’être opposée à cette gabegie. Les syndicats de la SLN s’étaient également exprimés contre.

C’est cette faute politique majeure que nous payons aujourd’hui puisque cette distribution des bénéfices a été décidée au moment même où la conjoncture s’était déjà retournée en 2012 et 2013, l’entreprise ayant perdu, ces années-là, 4 milliards (en 2012) et 25 milliards (en 2013).

Distribuer 100 milliards quand on en perd 30 nous a conduit à tendre la sébile à l’Etat et aux actionnaires quand il a fallu renflouer les caisses –fin 2015- alors même que l’entreprise disposait des moyens de surmonter la conjoncture sans rien demander à personne.

2. En ce qui concerne la stratégie engagée afin de permettre à la SLN d’être compétitive à l’échelle de la planète, je ne partage pas les opinions exprimées.

Sur le nouveau modèle économique visant à exporter 4 millions de tonnes à l’horizon 2021, je considère qu’il est la seule voie possible pour permettre à la SLN de conserver une place dans le milieu de tableau des groupes miniers et métallurgiques à l’échelle de la planète.
La poursuite d’un plan visant à retrouver une compétitivité exclusivement de manière intrinsèque (réorganisation du travail sur mines et dans l’usine) ne permet pas à lui seul de rendre l’entreprise viable.

Il permet de baisser le prix de revient de 0,45 dollar la livre, ce qui est nécessaire mais pas suffisant.

C’est bien de la révision du modèle dont il s’agit, c’est-à-dire la capacité de la SLN, lorsqu’elle exploite ses mines, à, d’une part, fournir le minerai haute teneur (2,5%) nécessaire à l’usine, et d’autre part, à exporter le minerai d’une teneur plus faible (inférieur à 2%). Ce nouveau modèle permettra de transformer ce qui était une charge pour l’entreprise (du minerai manipulé mais qui restait sur les verses) en un minerai représentant un produit que l’entreprise puisse exporter.
Cette modification du modèle économique traditionnel de la SLN représente une économie de 0,60 dollar sur le prix de revient.
Il est tout à fait envisageable de faire de cette stratégie gagnante pour la SLN une stratégie gagnante pour le pays, en orientant une part du minerai exporté vers les usines offshore détenues par les intérêts publics calédoniens.
La révision du modèle économique de la SLN se situerai ainsi dans une perspective gagnant-gagnant pour le pays.

3. En ce qui concerne la baisse du prix de l’électricité sollicitée par la SLN, je rappelle que j’ai initié, dans ma déclaration de politique générale prononcée en tant que président du gouvernement devant le congrès le 31 août 2009, la révision du contrat qui liait ENERCAL et la SLN en ce qui concerne le barrage de YATE dont l’énergie était à 90% réservée au métallurgiste pour un prix de 2 FCP du KWh .
Après le refus de l’entreprise SLN de négocier, la clause d’arbitrage prévue au contrat a été actionnée, et la décision rendue a été favorable à ENERCAL qui a pu, dès lors, vendre non plus à 2 FCP le KWh, mais à 13,75 FCP le KWh, conformément au contrat.

C’est cette décision qui a permis aux ménages et aux entreprises calédoniennes de ne pas subir d’augmentation du prix de l’énergie depuis 2008.

J’ai indiqué d’ores et déjà au conseil d’administration d’ERAMET que la renégociation de ce dispositif me parait peu probable et qu’il conviendrait d’attendre la nouvelle centrale au gaz à l’horizon 2022 pour économiser 0,2 dollars supplémentaire par livre de nickel.

Philippe GOMES


Extrait du discours de politique générale de Philippe GOMES, 31.08.2019: « Le gouvernement mènera la négociation nécessaire afin que la production d’hydroélectricité à bas prix de Yaté bénéficie désormais pleinement à la distribution publique après 50 ans d’un usage quasi exclusif au profit de la SLN »

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