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« L’agriculture et la Brousse sont des enjeux stratégiques»

(24 avril 2019) Nicolas METZDORF, troisième sur la liste Calédonie Ensemble en province Sud.

Pourquoi l’agriculture n’est-elle pas au centre du débat électoral ?

Il y a, à mon sens, une bonne et une mauvaise raison. La bonne c’est que l’orientation de la politique agricole en faveur d’une souveraineté alimentaire est partagée par tous les groupes politiques. Je le vois comme une reconnaissance, parce que c’est un objectif qu’on a vraiment voulu mettre sur la table dès 2014, avec les Assises du développement rural de la province Sud.

La définition même d’une politique agricole, c’était une nouveauté. L’autre raison, que je regrette, c’est que l’électorat agricole est de moins en moins important pour les élus politiques.

Parce que la population agricole a continué de baisser ?

C’est plutôt une hausse de la population citadine qui fait qu’il y a de moins en moins d’élus issus de la Brousse et du monde agricole comme Corinne Voisin, comme Ghislaine Dambreville, comme Jean-Baptiste Marchand ou comme moi-même.

D’autres partis ont tendance à laisser de côté ce monde-là par pur calcul électoral. C’est regrettable, parce que c’est l’un des enjeux stratégiques pour le pays et une partie de son âme.

De nombreuses réformes agricoles ont été lancées, et beaucoup de communication autour…Avec des résultats à hauteur de l’investissement ?

En termes de finance, on n’a pas augmenté, simplement mieux organisé la dépense. Les résultats, eux, sont là : le taux de couverture alimentaire était dans un creux historique en 2014, avec 13 %. On a regagné du terrain, à 18 % : la production augmente plus vite que la consommation.

Certains résultats sont rapides, dans les céréales, dans les légumes, dans les cultures annuelles. Sur d’autres filières, c’est plus lent et c’est normal : pour qu’un arbre fruitier entre en production, il faut cinq ans, pour qu’une vache produise un boeuf, il en faut trois ou quatre.

Le constat fait en 2014 – un milieu agricole vieillissant, des revenus faibles, des productions loin de leur potentiel – est loin d’être résorbé… D’autres réformes sontelles nécessaires ?

Je ne considère pas que le job soit fini, mais on a pris des mesures structurelles importantes : les exonérations de droits de succession, attendues depuis trente ans, le bail rural – il y en a 7 000 hectares aujourd’hui – la reconnaissance des signes de qualité, la suppression de l’Erpa et l’Apican, des mastodontes, en faveur d’une Agence rurale moderne, la mise à disposition du foncier domanial qui est lancée…

Ça va porter ses fruits sur le long terme et il faut continuer à innover. On propose, par exemple, de mettre 1 000 hectares par an à disposition de jeunes agriculteurs, de créer une filière de produits vivriers à l’Ocef pour que les petits producteurs de tout le pays puissent vendre à Nouméa… Et puis il faut faire aboutir le bail rural sur terres coutumières, c’est là qu’est le potentiel agricole.

Beaucoup estiment que les aides à l’agriculture ne sont pas suffisamment orientées vers le bio ou l’agroécologie…?

Depuis le 1er janvier, on a installé, à l’Agence rurale, un soutien à la transition important pour les agriculteurs qui veulent être certifiés. Et il y a des aides de plus en plus adaptées. Mais la subvention directe, qui continue d’avoir son utilité, si elle est encadrée par des contreparties techniques doit être partiellement réorientée. Notamment vers les cantines pour qu’elles puissent acheter la production locale et encourager les bonnes pratiques agricoles. Il y a 7 millions de repas par an dans les cantines, le potentiel est énorme.

Quand on interroge les Calédoniens, le prix des fruits et des légumes est considéré comme un enjeu prioritaire… Cette question a-t-elle été traitée ?

On l’a plus que traité, on les a encadrés. Choux, concombres, aubergines, salades, tomates, citrons… On a mis des minima et des maxima aux producteurs et on a encadré les marges aux grossistes et aux distributeurs. C’est la raison pour laquelle on n’a pas vu de salades à 900 ou à 1 000 francs le kilo lors de cette saison chaude.

Mais côté prix, la solution sur le long terme, c’est l’augmentation de la production et une juste quantité d’importation quand il n’y a pas de local.

Source : lnc

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