Accueil ACTUALITÉS « La paix et le vivre ensemble ne sont pas des variables d’ajustements électoraux »

« La paix et le vivre ensemble ne sont pas des variables d’ajustements électoraux »

(10 mai 2019) Nous sommes à l’avant-veille des élections provinciales, êtes-vous optimiste ?

Très positif pour plusieurs raisons. La première, c’est que nous avons pu approfondir lors de cette campagne un sillon que nous traçons de longue date pour un pays émancipé et décolonisé, plus juste et plus durable, qui puisse continuer à affirmer son identité singulière au sein de la République. On n’a jamais varié, on n’a pas cédé aux modes, celle du drapeau du FLNKS hier, celle du « face-à-face » entre Calédoniens aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui nous ont donné des leçons de respect avec le drapeau hier, qui nous expliquent que dialoguer, c’est se compromettre aujourd’hui. La deuxième, c’est qu’à Calédonie ensemble, nous avons toujours fait confiance à l’intelligence collective des Calédoniens. Elle a toujours été au rendez-vous de l’histoire, et parfois dans des conditions autrement plus dramatiques qu’aujourd’hui. J’en suis sûr : le peuple calédonien saura faire le choix de la responsabilité, de l’espoir et du coeur. Enfin, je suis très fier de l’équipe que nous avons constituée – trois trentenaires dans les six premiers – notamment des jeunes talents qui enrichissent notre mouvement : Annie Qaeze, Emmanuelle Khac, Jérémie Atiti et Manina Tehei, brillants diplômés de l’enseignement supérieur engagés dans la vie de la cité, Jean Kays, jeune ancien président du sénat coutumier, Pierre Fairbank et Joseph Caihé, deux légendes calédoniennes, Magali Manuohalalo, avocate au parcours d’exception, et bien d’autres encore… Avec Nicolas Metzdorf et Nina Julié, ils font partie de cette génération calédonienne qui a vocation à prendre la relève.

Il y a souvent eu des ententes de gouvernance conclues à la province Sud au lendemain des précédents scrutins. Est-ce envisageable cette année ? Si oui avec qui ?

Calédonie Ensemble se fait élire sur un projet pour un pays plus sûr, plus juste, plus durable, plus développé et plus citoyen. Pas sur un tract amélioré. Ce projet nous oblige à l’égard de ceux qui vont nous témoigner leur confiance. Donc, notre objectif sera simple : le mettre en oeuvre avec les formations politiques qui veulent le soutenir. C’est ce qu’on a toujours fait : des majorités d’idées. C’est avec les non-indépendantistes qu’on a adopté, il y a quelques jours, les autorisations d’exportation de minerai pour la SLN. C’est avec les indépendantistes, qu’on a voté les allocations familiales de solidarité ou la création de l’autorité de la concurrence. Mais il y a une ligne de démarcation infranchissable : si un nouveau référendum sur l’indépendance, tel que celui du 4 novembre 2018, est organisé, notre bulletin sera « non ».

Ceux qui seront aux commandes lors de cette mandature auront à gérer la sortie de l’accord de Nouméa. C’est d’ailleurs pour ça que vous avez choisi d’être tête de liste. Comment aborderez-vous ce travail avec les indépendantistes et avec l’Etat ?

Notre position est claire : épargnons au pays des réféƒrendums qui ne serviront à rien sinon à créer du désordre politique et économique. Tout le monde le sait. Y compris ceux qui prétendent purger la France ou Kanaky à l’occasion de ces échéances et qui au total prennent le risque de purger le pays. On ne peut pas faire de la paix et du vivre ensemble des variables d’ajustement des calculs électoraux. Quant à ma position en tête de liste, elle est effectivement liée au fait que ceux qui ont contribué à écrire l’histoire de ces trente dernières années ont une responsabilité particulière : être à la hauteur d’une poignée de mains que deux hommes ont su échanger quand le pays était à feu et à sang. On doit se hisser à leur niveau pour la sortie de cet accord.

C’est une dette qu’on a à leur égard. Quant à l’accélération des deux référendums promise par certains, elle ne constituera pas un « choc de confiance » mais plutôt un « choc frontal » pour l’économie du pays et le vivre ensemble. A la sortie, les référendums se dérouleront dans les délais prévus – et pas plus vite – et les indépendantistes seront toujours là… Au bout du chemin, ce n’est pas la confiance qui sera au rendez-vous, mais le mur d’une impasse politique et économique.

Vous voulez donc tout faire pour éviter un deuxième référendum « pour ou contre » l’indépendance et rechercher une alternative. Pourquoi alors qu’il y a deux ans c’était le Rassemblement qui voulait éviter le référendum ? Qu’est-ce qui a changé ?

Le référendum du 4 novembre 2018 a tout changé. Parce que pour la première fois depuis 40 ans on s’est compté. Le résultat est sans appel : 78 000 Calédoniens ont voté contre l’indépendance et 60 000 pour. Et même si le score peut évoluer à la marge, la réponse restera la même si la même question est reposée à deux reprises, au même corps électoral, en 2020 et en 2022.

En conséquence, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’un consensus entre indépendantistes et non-indépendantistes ne peut désormais se construire que dans le périmètre politique délimité par le peuple calédonien le 4 novembre. C’est dans ce cadre, que nous proposons de substituer aux deux référendums d’avenir opposé prévus, un seul référendum sur un avenir partagé par tous les Calédoniens, comme nous avons su le faire lors des Accords de Matignon et de Nouméa. Un référendum de projet politique, économique et social, où nous devrons conjuguer, dans le respect des convictions de chacun, souveraineté et République. C’est ainsi que notre pays pourra continuer à s’épanouir dans un vaste espace de liberté que nous aurons inventé ensemble.

Pour l’heure, les leaders indépendantistes ne semblent pas favorables à cette option. Comment pensez-vous arriver à les faire changer d’avis ?

En faisant appel à leur pragmatisme, à leur sens des responsabilités, à leur attachement au palabre qui est l’essence des relations en Océanie, dans le respect de leurs convictions. La souveraineté pleine et entière à laquelle ils aspirent ne sera pas au rendez-vous de cette génération. Ils n’ont pas convaincu. Il nous faudra puiser en nous pour favoriser l’émergence d’un consensus. Un consensus ça ne se décrète pas, ça se construit en essayant de trouver les points d’équilibre et les compromis qui permettent à chacun d’être respecté dans son identité et son histoire. Calédonie ensemble est déterminé à aller chercher ce consensus. C’est notre devoir à l’égard des jeunes générations.

Nous devons apprendre à conjuguer deux promesses. La promesse républicaine liée à la France, celle de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Et la promesse kanak et océanienne, celle du respect, de l’humilité, du partage et du consensus. Au cours de l’histoire, ces deux promesses se sont heurtées avant d’apprendre à vivre ensemble et maintenant, à se métisser. A nous de faire de ces deux promesses, une seule et unique promesse, la promesse calédonienne, fruit de cette rencontre improbable d’une civilisation océanienne et de la civilisation occidentale. C’est le sens de la poignée de mains entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou. C’est cette poignée de mains qu’il nous appartient de réinventer au cours de cette ultime mandature de l’accord de Nouméa. Et dans le cadre du dialogue qu’il faudra mener avec les indépendantistes sur le sujet, on ne s’improvise pas, du jour au lendemain, négociateur avec Roch Wamytan, Paul Néaoutyine ou Daniel Goa. Enfin, si certains aspirent à une justice sociale au coeur des politiques publiques, à un développement durable respectueux des équilibres environnementaux ou un pays plus citoyen, Calédonie ensemble, première formation politique de Nouvelle-Calédonie, a l’assise politique nécessaire, à l’échelle du pays, pour donner corps à son programme au sein des assemblées de province et du Congrès.

« Il y a une ligne de démarcation infranchissable. »

« Remplacer les deux référendums d’avenir opposé par un référendum d’avenir partagé. »

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