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Une victoire oblige. L’oublier est une faute politique

(16 mai 2019) Une victoire oblige.

Une victoire crée plus de devoirs que de droits, et d’abord, un devoir de rassemblement à l’égard des autres formations politiques d’une même sensibilité.

Or, au terme de quatre jours d’échanges avec les responsables de l’avenir en confiance (Sonia Backès, Thierry Santa et Gil Brial), nous constatons que, probablement enivrés par leur victoire, ils considèrent qu’elle leur confère tous les droits…

Un accord de partage des responsabilités a toujours été conclu entre les formations non-indépendantistes en 2009 comme en 2014

Certes, l’avenir en confiance a obtenu les meilleurs résultats aux élections provinciales du 12 mai dernier. Comme cela a été le cas en 2009, lorsque le Rassemblement de Pierre Frogier a remporté les élections, comme cela a été le cas en 2014, quand Calédonie Ensemble est arrivé largement en tête.

Au lendemain de ces scrutins, les responsables non-indépendantistes ont conclu un accord de partage de responsabilités pour garantir la stabilité des institutions.

En 2009, c’est le vainqueur Pierre Frogier qui a pris cette initiative.

En 2014, c’est Philippe Gomès qui en a fait de même dès le lendemain de l’élection en réunissant les responsables politiques des autres formations non-indépendantistes.

L’équation a toujours été la même : le mouvement qui arrive en tête décide de l’institution qu’il souhaite présider entre la province et le gouvernement, la formation qui est en second assume la responsabilité de l’autre institution et enfin, la formation arrivée en 3è position, préside le congrès. Et en ce qui concerne la province Sud, la formation qui en assumait la présidence a systématiquement associé les autres sensibilités au travers des vice-présidences.

Pourquoi ? Parce que s’il n’y a pas de risque d’instabilité politique à la province, il y a un risque majeur d’instabilité politique au congrès et au gouvernement.

C’est la raison pour laquelle, l’accord passé porte toujours sur les 3 collectivités. Garantir la stabilité au gouvernement et au congrès, passe obligatoirement par un équilibre au sein de l’exécutif de la province Sud.

C’est ainsi, qu’en 2009, le Rassemblement – arrivé en premier – a pris la présidence de la province Sud (Pierre Frogier). Calédonie Ensemble – arrivé en second – a pris la présidence du gouvernement (Philippe Gomès) et obtenu deux postes de vice-présidents à la province (Sonia Lagarde et Philippe Michel). L’avenir ensemble – arrivé en troisième – a pris la présidence du congrès (Harold Martin).

En 2014, Calédonie Ensemble – arrivé en premier – a pris la présidence de la province Sud (Philippe Michel). Le Front pour l’Unité (FPU) – arrivé en second – a pris la présidence du gouvernement (Cinthya Ligeard). L’UCF – arrivé en troisième – a pris la présidence du congrès (Gaël Yanno) et obtenu un poste de vice-président à la province Sud (Gil Brial).

La situation, issue des élections du 12 mai dernier, est identique à celle issue des provinciales de 2009 ou de 2014

Aujourd’hui, l’avenir en confiance a obtenu 28 800 voix soit 40% et 20 sièges en province Sud (16 au congrès). (Contrairement aux propos journalistiques, il n’y a pas de « raz-de-marée » puisque les mêmes formations en deux morceaux en 2014 avaient obtenu 38% des voix.)

Calédonie Ensemble a obtenu 13 100 voix soit 19% et 9 sièges (7 au congrès).

La configuration politique de 2019 est donc strictement identique à celle de 2009 et de 2014. Les rapports de force électoraux sont équivalents : Calédonie Ensemble rassemblait 36% des voix en 2014, l’avenir en confiance en rassemble 40% en 2019.  Le FPU de Cynthia Ligeard rassemblait 20% des voix en 2014, Calédonie Ensemble en rassemble 19%. En clair, l’avenir en confiance n’est pas plus légitime au lendemain de ces élections que Calédonie Ensemble ne l’était au lendemain des élections provinciales de 2014. Et Calédonie Ensemble n’est pas moins légitime en 2019 que le Rassemblement et l’UCF ne l’étaient en 2014.

Soit, l’avenir en confiance souhaite réellement trouver un accord de stabilité des institutions, auquel cas, il doit assumer un partage des responsabilités institutionnelles à l’instar de celui de 2009 ou de 2014.

Soit l’avenir en confiance décide d’ignorer Calédonie Ensemble et prétend diriger seul toutes les institutions du pays, auquel cas, il devra assumer les conséquences politiques de ce comportement hégémonique[1].

L’avenir en confiance n’est pas à la hauteur du devoir de rassemblement qui lui incombe

Les discussions menées ces derniers jours aboutissent à un constat d’échec. La seule proposition faite par l’avenir en confiance consiste à nous proposer d’exercer la présidence du congrès de la Nouvelle-Calédonie et à s’accaparer la présidence de la province Sud, les 3 vice-présidences et la présidence du gouvernement. Il y a tellement d’engagements pris à l’égard des uns et des autres qui risqueraient de mettre à mal l’attelage électoral s’ils n’étaient pas satisfaits…

Or, gagner une élection est une chose.

Etre à la hauteur de la victoire en est une autre.

Quand Pierre Frogier décide de partager les responsabilités en 2009 avec l’avenir ensemble et Calédonie Ensemble, il assume malgré les réticences des siens les devoirs que lui imposent sa victoire. Il en est de même quand Philippe Gomès propose à Cynthia Ligeard la présidence du gouvernement en 2014.

Contrairement au Rassemblement en 2009 et Calédonie Ensemble en 2014, l’avenir en confiance n’est pas à la hauteur des responsabilités qu’une victoire confère. Rassembler 28 000 voix, c’est bien. Oublier les 13 000 Calédoniens qui ont fait confiance à Calédonie Ensemble, c’est une marque de mépris.

Oublier plus largement que 32 000 électeurs n’ont pas voté pour l’avenir en confiance est une faute politique.

En conséquence, Calédonie Ensemble se considère libre de tout engagement à l’égard de l’avenir en confiance, au sein de la province Sud comme au sein du congrès et du gouvernement. Nous déplorons que le premier acte de la formation victorieuse de ces élections ne soit pas à la hauteur de ses responsabilités à l’égard de la sensibilité non-indépendantiste et du pays.

C’est, en mouvement libre, que Calédonie Ensemble abordera les prochaines étapes de la mise en place institutionnelle.


[1] L’Eveil Océanien ayant clairement affiché sa volonté de ne pas être classé dans un camp n’ait pas mentionné dans la présente analyse

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