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Nouvelle-Calédonie : une réunion pour “rechercher le consensus” sur le prochain référendum

PARIS, 10 oct 2019 (AFP) – Le Premier ministre tente jeudi à Matignon de mettre d’accord les leaders loyalistes et indépendantistes calédoniens sur la date et l’électorat du prochain référendum sur l’indépendance de l’archipel, deux questions très sensibles sur lesquelles Edouard Philippe entend “rechercher le consensus”.

Après le premier référendum d’autodétermination, qui s’est tenu le 4 novembre 2018 et a vu la victoire du “non” (56,7%), le Premier ministre veut que cette deuxième consultation “soit aussi irréprochable que la première”, saluée par tous les acteurs politiques et les observateurs. Les incidents redoutés n’ont pas eu lieu et la mobilisation a atteint un record de 81%.

Ces scrutins successifs sur l’indépendance sont prévus par l’accord de Nouméa de 1998, qui a mis en place un processus de décolonisation par étapes, aboutissement du travail de réconciliation entre les Kanak et les Caldoches, entamé en 1988 avec les accords de Matignon. Ces accords avaient été signés après les violences des années 1980, qui avaient culminé avec la prise d’otages et l’assaut de la grotte d’Ouvéa en mai 1988 (25 morts).

L’accord de Nouméa prévoit, après le 1er référendum, la tenue de deux autres scrutins d’ici novembre 2022. Le premier d’entre eux, demandé dès juin par plusieurs forces politiques de Nouvelle-Calédonie après les dernières élections provinciales, doit avoir lieu d’ici au 3 novembre 2020.

C’est à l’Etat d’en fixer la date, mais le Premier ministre a assuré vouloir le faire “avec le souci du dialogue”, alors qu’indépendantistes et non indépendantistes arrivent avec des exigences divergentes.

Convaincus que le temps leur permettra de gagner des voix, les indépendantistes dont le score l’an dernier (43,3%) a largement dépassé les prévisions des sondages, défendent un référendum “le plus tard possible”, selon Pierre-Chanel Tutugoro, de l’Union calédonienne, membre du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste).

A l’inverse, dans le camp non indépendantiste très divisé, une partie d’entre eux, l’Avenir en confiance (proche des Républicains) veut aller vite, arguant notamment d’une économie locale “dans l’incertitude” en raison de ces échéances électorales. Ils réclament un 2e référendum dès juillet prochain.

“Toute la question est de savoir si la mandature actuelle (du président Macron, ndlr) va aller jusqu’au bout, ou si elle va renvoyer le problème” après la présidentielle, estime Thierry Santa, président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie (Avenir en confiance).

– “Coeur nucléaire” –

Mais son rival à droite, Calédonie ensemble (CE, centre droit) alerte sur le “danger” d’accélérer le calendrier, qui ferait tomber le 3e référendum “en plein coeur de l’élection présidentielle avec des risques majeurs d’instrumentalisation politique nationale du dossier calédonien”, explique le député (CE-UDI) Philippe Gomès.

“On a encore froid dans le dos au souvenir de la dernière fois où le dossier a été instrumentalisé dans une présidentielle”, dit-il. Le drame d’Ouvéa a eu lieu entre les deux tours de la présidentielle de mai 88 qui a vu la reconduite du président socialiste François Mitterrand face à Jacques Chirac.

Edouard Philippe a lui aussi estimé qu’il faudrait “penser à la manière dont le calendrier de ces consultations pourraient se conjuguer avec le calendrier des échéances politiques nationales, car à l’évidence les deux ne sont ni sans lien ni sans impact l’une sur l’autre”.

Le Premier ministre doit trancher sur un autre sujet majeur de désaccord, la question du corps électoral pour le référendum, plus restreint que pour les autres élections, et véritable “coeur nucléaire”, selon un spécialiste du dossier.

Les indépendantistes refusent notamment que soit reconduite une disposition arrachée de haute lutte avant le premier référendum, portant sur l’inscription d’office des Calédoniens de statut de droit commun (non kanak, ndlr) nés en Nouvelle-Calédonie et pouvant attester de trois ans de résidence. Environ 4.000 personnes seraient concernées.

“Il s’agissait alors d’une mesure exceptionnelle (…) uniquement valable pour le premier référendum”, argue le FLNKS, alors que les loyalistes exigent “les mêmes conditions” que celles du premier scrutin. “Il ne peut pas y avoir de peuple calédonien à géométrie variable”, défend Philippe Gomès.

“Réussir cette deuxième consultation, ça veut dire que nous devons nous reposer sur ce qui a déjà été fait”, a dit Edouard Philippe.

Source : AFP

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