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Un bouclier percé

(31 octobre 2019) Parce que dans tous les pays qui ont adopté la TVA, un dérapage des prix a été constaté, le gouvernement précédent avait accompagné la mise en place de la TGC d’un dispositif d’encadrement :

  1. Prix et des marges encadrées pour une liste de produits de première nécessité
  2. Marges encadrées pour les secteurs de la grande distribution (alimentaire, entretien et hygiène) et des pièces détachées.Pourquoi ? Parce que la concurrence est extrêmement limitée dans ces secteurs

Grâce à ce dispositif, l’inflation hors tabac est quasi nulle sur les 18 derniers mois pour la première fois dans l’histoire du pays et les prix des produits alimentaires avaient baissé de 5 % et ceux des pièces détachées automobiles de 13%.

Mais l’encadrement des marges (volet n°2) a été remplacé au 1er octobre 2019, par un arrêté du gouvernement Santa /Tyuienon/Gyges se contentant d’étendre à tous les magasins de plus de 500 m² l’accord interprofessionnel dénommé « bouclier qualité prix » (BQP).

Celui-ci ne répond pas au problème de la vie chère subi par les ménages calédoniens, pour les raisons suivantes :

  1. Un plafond de prix bidon.

Aucune négociation sur les prix n’a eu lieu avec le gouvernement, qui s’est contenté d’entériner un accord discuté uniquement entre les 8 principaux groupes du secteur de la grande distribution. Les prix plafond fixés par cet accord se situent en fait au-dessus des prix pratiqués aujourd’hui : comme le reconnaît lui-même le gouvernement, le prix constaté est en moyenne 21 % moins cher que le plafond et c’est bien la preuve que le plafond ne sert à rien !

  1. Seules les commerces de plus de 500 m²sont concernés …
  2. 100 produits sur 50 000 références concernés …

Et encore 100 dans les 4 commerces de plus de 2500 m², mais 70 dans les 13 commerces entre 1000 et 2500 m², et 50 dans les commerces entre 500 et 1000 m²!!!

  1. Aucun prix plafond n’est fixé par article : ​les commerces seront libres de fixer le prix de chaque article, pourvu qu’ils respectent le prix global du panier. Ainsi, un commerce pourra faire un effort sur un produit rarement acheté (par exemple un balai) et faire moins d’efforts sur un produit extrêmement courant (par exemple une baguette). Il aurait fallu pondérer les produits par les quantités réellement achetées par les Calédoniens !
  2. Les comparaisons entre commerces seront impossibles : ​par exemple, tous les commerces devront mettre un dentifrice dans leur panier, mais ce ne sera pas nécessairement le même dentifrice d’un commerce à l’autre.
  1. Les quantités et tailles ne sont pas imposées : par exemple, les commerces devront mettre dans leur panier un sac de couches pour bébé, mais il n’est pas dit si ce sera pour le premier âge ou pour les plus grands, ni le nombre de couches par sac. Idem pour les lingettes, le lait pour bébé, les serviettes ou tampons hygiéniques, les céréales pour petit déjeuner, les biscottes, les crackers, etc.
  2. Aucun critère de qualité n’est fixé : rien n’interdit à un commerce de mettre dans son panier une boîte de sardines ou de cassoulet de très basse qualité…

Ce dispositif copie le Bouclier Qualité Prix mis en place dans les DOM, qui a reçu récemment, malgré une expression policée, une violente salve de critiques de la part de l’autorité nationale de la concurrence : montant trop élevé du prix plafond du panier ; absence de lien entre les prix du panier BQP et la marge des grandes surfaces ; absence d’implication des opérateurs situés en amont (grossistes, importateurs, transporteurs, transitaires, etc.) ; nombre des produits insuffisant dans le panier ; manque de lisibilité pour le consommateur ; confusion due au fait que le produit BQP est rarement le moins cher du rayon ; impossibilité de comparer les paniers proposés par les différentes grandes surfaces ; etc.

Enfin Le gouvernement vient d’annoncer un bouclier « produits frais », composé de 6 kg de fruits et légumes et d’1,5 kg de viande et de poisson, que devront proposer pour un maximum de 5000 francs les surfaces de plus de 1000 m². Le contenu de ce panier est encore plus flou que celui du BQP principal, et son tarif est également trop élevé.

Les calédoniens viennent d’être vendus sur l’autel des marges de la grande distribution.Il fallait bien remercier les sponsors de la campagne électorale de l’Avenir en confiance.

À voir aussi :

Commission des affaires étrangères et des armées ce matin pour l’examen d’une partie du PLF

(14 novembre 2019) Gérard Poadja : “Et séance de QAG cet après midi.” …