Accueil ACTUALITÉS [ACTUALITE – FOCUS SUR LE TOURISME] « Le tourisme trouvera sa place après les référendums »

[ACTUALITE – FOCUS SUR LE TOURISME] « Le tourisme trouvera sa place après les référendums »

Le directeur général de Nouvelle-Calédonie tourisme point Sud, Jean-Marc Mocellin, quittera son poste début avril et rejoindra la tête de la structure Tahiti Tourisme.

Ce professionnel expérimenté, né à Nouméa, pose un regard lucide sur le secteur économique dont l’élan est sévèrement freiné en période référendaire. Des regrets, des conseils tout comme des espoirs sont formulés.

La raison de son départ
« Encore loin de la création de l’agence du pays »

Pourquoi quittez-vous votre poste de directeur général de NCTPS ?

J’ai décidé de revenir en Nouvelle-Calédonie à la suite des ateliers du tourisme qui ont réuni des centaines d’acteurs des secteurs privé et public tout au long de l’année 2016, et qui ont abouti à la « stratégie de développement touristique et des loisirs de la Nouvelle-Calédonie 2025 ».

Une des mesures phares de cette stratégie élaborée avec la participation active et donc l’assentiment, des trois provinces, était de créer une structure de gouvernance du développement touristique au niveau de l’ensemble du pays – et pas seulement au niveau provincial – : l’Agence de développement touristique de la Nouvelle-Calédonie, ou ADT, un outil indispensable pour coordonner et aspirer à un déploiement significatif et sérieux du secteur.

Convaincu par cette démarche, je me suis donc engagé à la tête du GIE Nouvelle-Calédonie Tourisme avec pour objectif de participer à la création de l’ADT, d’organiser l’intégration de l’organisme actuel (NCTPS) en charge de la promotion internationale, et de mettre en oeuvre cette stratégie en s’attaquant aux freins identifiés tout en mettant en place les nombreuses préconisations. Force est de constater, après trois ans, que nous sommes encore loin de la création de cette agence.

Le GIE NCTPS, dans ses compétences actuelles, n’a plus besoin de moi.

Que s’est-il passé ?

Le processus s’est bien engagé, mais l’inertie due au mille-feuille provincial n’a pas permis de le finaliser avant la campagne du premier référendum où tout a été suspendu. Ensuite, les résultats de ce scrutin ont provoqué la radicalisation des positions politiques qui n’est plus propice au dialogue entre provinces, et le processus est gelé depuis. Ainsi, il apparaît évident qu’il ne sera plus question de l’ADT avant la fin du processus référendaire, voire avant la mise en place d’un nouveau statut, c’est-à-dire d’ici trois à cinq ans…

Dans ces conditions et sans cette mission de « développement touristique » à l’échelle du pays pour laquelle j’étais venu, le GIE NCTPS, dans ses compétences actuelles, n’a plus besoin de moi, car toute l’équipe en place est tout à fait compétente pour assurer la « promotion » de la Nouvelle-Calédonie à l’international et en province Sud. Voilà la raison principale de mon départ.

La non-réalisation de l’agence est donc un profond regret ?
En tant que natif du Caillou, je regrette que les circonstances actuelles m’aient obligé de renoncer à mes ambitions calédoniennes. J’ai attendu cela toute ma carrière, ce n’est donc pas de gaieté de cœur que j’ai pris cette décision.

« En termes de promotion internationale, les équipes et les actions de NCTPS sont des plus efficaces », souligne le directeur général de NCTPS, Jean-Marc Mocellin, futur DG de Tahiti Tourisme.

Les priorités
« La Calédonie a besoin de tourner la page pour aller de l’avant »

Quelles sont, à vos yeux, les priorités dans le secteur du tourisme en Calédonie ?
Je vois cinq thèmes. Continuer le travail de création de l’Agence de développement touristique de la Nouvelle-Calédonie. Remettre un chargé du secteur touristique au gouvernement – pas le cas actuellement -. Travailler sur l’autofinancement de la promotion touristique au travers de ses recettes – taxes croisières, taxes de séjour sur les meublés touristiques, etc. – pour pouvoir compter sur des budgets stables et fiables, et ainsi ne plus dépendre des subventions publiques. Mettre en oeuvre la stratégie qui a déjà été établie, en 2016 – même si elle doit être toilettée – avec pour objectif de construire ensemble un tourisme durable respectueux des populations et de l’environnement. Et commencer par la structuration de l’offre avec des mesures incitatives vers le type de développement que nous voulons, axé sur l’écotourisme et la biodiversité tout en travaillant sur la professionnalisation des acteurs du tourisme…

Où en sommes-nous ?

La province Sud travaille sur ces thèmes à son niveau, en particulier sur la formation des acteurs, mais ce sont de grands sujets qui doivent être mis en chantier avec les trois provinces et le gouvernement, pas chacun de son côté. Nous avons encore trois normes hôtelières différentes sur notre petite île par exemple, n’est-ce pas absurde ? Je reste convaincu cependant que, passé cette période référendaire où les Calédoniens et leurs élus ont d’autres préoccupations ou priorités en tête, le tourisme trouvera sa place. Quelle que soit l’issue de ces échéances politiques, la Calédonie a besoin de tourner la page pour aller de l’avant.

Le financement

« Les aléas conjoncturels et politiques sont un énorme handicap »
Estimez-vous que les provinces ne s’entendent pas sur les enjeux du tourisme ?
L’investissement dans la promotion internationale est très déséquilibré : 17% de la part du gouvernement, 72% de la province Sud, 3% de la province Iles, moins d’1% de la province Nord, le reste étant les cotisations. A cela s’ajoute une collaboration compliquée entre les trois GIE de promotion qui, selon les élus du moment, croient ou pas, s’investissent plus ou moins, dans le tourisme. Or nous sommes supposés faire la promotion de tout le pays… Je ne peux pas dire à un journaliste de Geo Magazine par exemple, de s’arrêter à Poya pour son reportage parce que telle province n’est pas intéressée de prendre en charge son déplacement ! Même des sujets aussi simples que le Salon du tourisme, qui pourtant est si populaire et génère un chiffre d’affaires important pour les prestataires touristiques, peuvent être remis en question ou font l’objet de désengagements inopinés. Nous sommes en permanence « en négociation » avec ce que cela implique comme perte de temps, d’énergie, d’argent et d’efficacité. En même temps, chaque province est compétente en matière de développement touristique, donc elles sont dans leur droit… Nous deviendrons véritablement efficaces dans notre développement touristique lorsque les financements et les décisions concernant notre secteur, seront réunis sous une seule entité territoriale compétente au sein du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Le budget est-il constant ?

Le budget de Nouvelle-Calédonie Tourisme est assujetti aux aléas conjoncturels – et politiques -. C’est un énorme handicap pour le suivi et la pertinence des actions à l’international. Cette année est un bon exemple avec une coupe de 20% d’un budget déjà insuffisant pour être efficace selon les normes internationales : minimum 5% des recettes touristiques, or nous en sommes à moins de 2%. Cette coupe budgétaire a provoqué l’arrêt de notre stratégie de développement sur le marché chinois au potentiel démontré sur lequel nous avons travaillé et investi depuis trois ans. Il en est de même avec les marchés italien et allemand qui, certes, n’affichaient pas des chiffres convaincants, mais étaient en pleine relance après avoir confié notre représentation à une agence européenne spécialisée. Ceci dit, et à la décharge de nos financeurs, il est difficile de s’engager encore plus loin lorsqu’il y a une telle disparité de financement et d’intérêt pour le tourisme entre provinces.

La croisière
« Ne faudrait-il pas réfléchir à des navires beaucoup plus petits à l’île des Pins ? »

Le duo tourisme de séjour et croisière peut-il fonctionner dans un contexte de stratégie de développement durable ?

Nous préconisons de faciliter une ou plusieurs têtes de pont, c’est-à-dire des navires de plus petite capacité – inférieure à 350 passagers du type Ponant ou Aranui – basés à Nouméa avec du personnel et un approvisionnement le plus « local » possible. Ce produit offre l’avantage d’être adapté à nos îles, plus acceptable pour les populations avec un impact environnemental réduit et un apport économique plus intéressant.

La croisière telle que nous la connaissons aujourd’hui reste acceptable à Nouméa, Lifou et Maré, surtout que les nouveaux navires sont devenus plus performants en termes de dispositifs environnementaux. De plus, les chefferies aux îles Loyauté gèrent extrêmement bien leurs escales en limitant leur zone de mouillage. Ils ont de grands espaces pour accueillir les croisiéristes, et toutes les tribus profitent des retours économiques.

L’île des Pins, en revanche, devrait se poser la question : ne devraient-ils pas prendre la décision de limiter les croisières à des navires beaucoup plus petits à l’instar de Bora Bora qui travaille sur la question de limiter l’accès aux navires de grande capacité ?

L’île des Pins est un petit joyau où les deux types de tourisme se côtoient et ne font pas bon ménage. L’ouverture de quelques écolodges haut de gamme me paraît plus appropriée dans une stratégie de développement durable pour l’île des Pins et sa population.

L’aérien
« “Challenger” Aircalin oui, mais il faut aussi la préserver »

Adhérez-vous à la stratégie de la province des Îles, institution qui a décidé de créer une compagnie aérienne low-cost ?

Du point de vue développement touristique, on peut tout à fait comprendre une telle initiative. Il y a énormément de composantes qui entrent en ligne de compte, et l’étude de marché en cours donnera ses conclusions en recommandant sans doute, d’effectuer leurs rotations à partir de La Tontouta.

Cependant, il faudra être extrêmement prudent. En effet, si cela devait se faire, il faut absolument que ce nouveau produit et ses prestations soient très différents d’Aircalin, faute de quoi, à mon avis, l’une de ces deux compagnies ne survivra pas dans un si petit marché.

Faut-il « ouvrir » l’aérien ?

Sur le sujet de la desserte aérienne de la Nouvelle-Calédonie et l’arrivée d’une hypothétique compagnie étrangère, il faut savoir qu’aucune nouvelle compagnie aérienne n’a émis l’intérêt de venir desservir la Nouvelle-Calédonie – alors que c’est tout à fait possible en étant traité avec équité – et celles qui ont été approchées, ont exigé des garanties financières irrecevables auprès du gouvernement.

Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que l’équilibre d’une compagnie aérienne de la taille d’Aircalin est extrêmement sensible, et si Aircalin venait à disparaître au profit d’une compagnie étrangère, celle-ci peut très bien se retirer aussi vite qu’elle est venue quand elle estimera pouvoir faire plus de profits ailleurs. De nombreuses destinations se sont retrouvées complètement démunies avec des conséquences désastreuses.

Toute entreprise a besoin d’être mise en concurrence, c’est le cas actuellement entre Qantas et Aircalin où l’augmentation des fréquences de ces deux compagnies entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie a fait baisser les tarifs en 2019, tout le monde a pu remarquer la multiplicité des tarifs promotionnels !

En résumé, « challenger » Aircalin oui, mais il faut aussi la préserver.

Le tourisme chinois
« Représentation et promotion interrompues »

Le tourisme chinois a-t-il un réel potentiel même sans ligne aérienne régulière ?
La question ne se pose plus, puisque nous avons interrompu notre représentation en Chine et toute action de promotion avec la Chine. Une étude d’Atout France avait clairement identifié notre potentiel, nous étions dans les premières étapes du développement de ce marché qui ne se fait pas en quelques mois mais en quelques années. Une expertise IATA [Association internationale du transport aérien, NDLR] avait validé la faisabilité et l’intérêt pour Aircalin et la Nouvelle-Calédonie d’opérer une liaison sur Hong Kong, une demande de droit de trafic était en cours, mais la décision du conseil d’administration a été de stopper tout investissement sur les marchés n’ayant pas de ligne directe avec l’exception de la France. Une décision à laquelle je n’adhère pas, car c’est le seul nouveau marché qui s’offre à la Nouvelle-Calédonie depuis des décennies. Et le jour où l’on changera d’avis, il faudra beaucoup de temps avant de regagner la confiance des partenaires chinois.

Rentable

Selon Jean-Marc Mocellin, 100 francs investis en promotion touristique en Nouvelle-Calédonie rapportent plus de 3 000 francs de recettes.

Relance

« Un chapitre dans la loi de relance économique avec des mesures incitatives concernant le secteur touristique aurait été des plus pertinents en matière de diversification de l’économie calédonienne ».

« Ma décision de démissionner de NCTPS a été prise bien avant que cette opportunité me soit offerte. »
Jean-Marc Mocellin, à propos du poste de direction à Tahiti Tourisme.

Source : Les Nouvelles Calédonniennes

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