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Un déconfinement prématuré

(15 avril 2020) Samedi dernier, dans un communiqué commun, le Haut-commissaire et le président du gouvernement ont fait connaître leur décision « de commencer à adapter les mesures de déconfinement de la population à partir du lundi 20 avril ».

Nos représentants ont participé hier à la réunion de la mission d’information du congrès qui a notamment procédé à l’audition de la DASS, de la cellule anticipation et du membre du gouvernement en charge de l’enseignement. Tous ont pu confirmer qu’un travail a été engagé dans la perspective d’un déconfinement à compter de lundi.

Or, en l’état des informations dont nous disposons, un déconfinement lundi prochain nous semble prématuré pour deux raisons.

– Prématuré parce que nous n’avons aucune garantie de pouvoir disposer des masques de protection et des tests de dépistage que le président de la République a lui-même posé comme conditions d’une sortie progressive du confinement à l’échelle nationale.

Dans sa déclaration du 13 avril, Emmanuel MACRON a en effet annoncé que « l’Etat en lien avec les maires devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public. Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations, comme dans les transports en commun, son usage pourra même devenir systématique. »

Le président a également insisté sur la nécessité d’être en capacité de tester toute personne présentant des symptômes et de « pratiquer d’abord ces tests sur nos aînés, nos soignants et les plus fragiles. »

Cette exigence figure d’ailleurs dans les 10 recommandations de l’avis du conseil scientifique Covid-19 pour les outre-mer, remis aux autorités nationales le 8 avril dernier. Les experts y préconisent une stratégie « test, test, test » dès maintenant, la disponibilité de ces tests étant au cœur des stratégies de contrôle de l’épidémie mises en œuvre en outre-mer.

C’est sur la base de ces éléments que les députés de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie Française ont fait porter hier à l’Assemblée Nationale une question à monsieur le Premier Ministre afin de lui demander de s’engager à doter nos territoires des moyens matériels nécessaires à un déconfinement qui garantissent la sécurité sanitaire des populations. Le Premier Ministre a ouvert la porte à un possible accompagnement de notre pays sur ce sujet.

Dès lors, nous estimons que nous devons prendre toutes les précautions sanitaires préconisées par le Président de la République et le comité scientifique national pour garantir la sécurité de notre déconfinement.

– Prématuré également parce que nous allons être le premier territoire à l’échelle de la République à engager une stratégie de déconfinement. Faute de retours d’expériences vécues ailleurs, notre sommes exposés à tous les risques.

Cette situation devrait nous conduire à prendre le temps nécessaire à la préparation de la population et des acteurs économiques aux nouvelles formes d’exercice de leurs activités professionnelles qu’impose la lutte contre la propagation du virus.

Il en va de même dans le secteur de l’enseignement où la perspective de réouverture des écoles, collèges et lycées implique de fortes adaptations des cycles, mais aussi des informations et des échanges avec les parents comme avec les enseignants. Et c’est également le cas en milieu coutumier compte tenu des positions et les craintes exprimées par les autorités coutumières.

C’est en ce sens que le Premier Ministre est intervenu lors de la séance des questions au gouvernement, en indiquant que la stratégie de déconfinement dans laquelle s’engageait l’Etat nécessitait “une logistique complexe” ainsi qu’un important “travail de préparation” et qu’un plan complet “sera présenté largement avant la date du 11 mai”. Il nous semble que les principes retenus à l’échelle nationale peuvent également être retenus pour notre territoire.

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Nous avons pleinement conscience de l’impact du coronavirus sur l’économie calédonienne, à l’image de l’économie mondiale. C’est pourquoi nous avons voté au congrès l’ensemble des mesures présentées en la matière (indemnisation chômage partiel, report du paiement des cotisations sociales) pour un montant d’environ 42 milliards de FCFP au bénéfice des salariés et des entreprises en vigueur jusqu’à fin mai.

Mais un déconfinement précoce serait pire pour l’économie s’il devait être suivi d’un reconfinement, faute d’avoir bénéficié des garanties ou du temps de préparation nécessaires à la protection de la population.

Nous restons dans l’attente des annonces qui devraient être faites par le président du gouvernement et le haut-commissaire jeudi prochain.

Dans le même état d’esprit que celui qui a abouti à la question posée au premier ministre, nous lui avons fait part de nos préoccupations sur un déconfinement que nous considérons à ce stade comme prématuré.

Nous lui avons également demandé que le prêt de trésorerie garanti par l’Etat qui doit être accordé à la Nouvelle-Calédonie puisse, en ce qui concerne la part relative à l’indemnisation du chômage partiel, être transformé en concours financier exceptionnel de l’Etat au profit du pays. Dans sa réponse, le Premier Ministre n’a pas exclu cette possibilité et a indiqué que “le moment venu cette question sera évoquée”.

Bien entendu, nous considérons que les liaisons internationales doivent demeurer suspendues, les liaisons aériennes intérieures doivent rester aménagées et que la mise en quatorzaine systématique des voyageurs entrants doit être maintenue.

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